La Blogothèque

Chansons du Pérou/Canciones del Perú

Il est aujourd’hui au Brésil en train d’explorer les formes de sacré – hybrides – qui sont nées du métissage entre les cultures des indigènes américains, des esclaves africains et des colons portugais. Mais en 2013, Vincent Moon partait trois mois au Pérou pour réaliser 33 films, aujourd’hui montés et visibles sur son site des Petites Planètes.

Pour prolonger aujourd’hui cette aventure péruvienne, il s’associe une nouvelle fois aux francs-tireurs du label Le Saule, comme il l’avait fait après son voyage en Russie, pour sortir un fabuleux 33 tours. “Chansons du Pérou” devrait donc faire suite à “Chansons de Russie” paru il y a un an .

Sur ce disque, il y a de fortes chances que vous puissiez retrouver cet ensemble invraisemblable de la vallée de Huancayo, perchée dans les montagnes andines du Pérou, l’Orquestra Tipica : ces hommes en noirs, costard-cravate, qui, avec leur harpe triangulaire, leur violon, leur clarinette et surtout leurs 20 saxophones, passent de maisons en maisons, irriguant le village de musique, mettant les corps en mouvement et en tension, à chaque endroit où ils s’arrêtent. Vous les verrez faire entrer dans le temps de la fête, une famille de paysans, un couple, les consommateurs d’un marché et agréger dans cette joyeuse procession, poules, masques virevoltants et passants aux vêtements multicolores et aux chapeaux noirs.

Vous y découvrirez aussi, capté in extremis sur les toits de Lima, le grand Manuelcha Prado, que je ne connaissais pas, mais dont Moon nous dit qu’il est considéré comme l’un des plus grands guitaristes d’Amérique du sud. Il m’évoque une sorte d’Athualpa Yupanqui péruvien, enroulé dans son écharpe blanche, la barbe et le cheveu broussailleux. Tous ceux qui connaissent le concert du maître argentin enregistré à Mar del Plata, Buena noches compatriotas… comprendront à quel niveau de jeu, de raffinement et de poésie on peut se situer. Les autres courront se le procurer puisque par chance, cela se trouve encore assez aisément dans nos contrées, à la différence de ceux de Manuelcha. L’homme a pourtant enregistré pas moins de 10 albums. Ses 45 ans de carrière se fêtent en grande pompe au Grand Théâtre National de Lima tandis qu’on le surnomme le “saqra” de la guitare, comprenez, le sorcier. Comme Luzmila Carpio, sa cousine bolivienne, Manuelcha Prado chante en Quechua.

Mais le projet pour aboutir a besoin de votre soutien. Il reste une petite vingtaine de pré-commandes pour qu’il puisse voir le jour. Vous pouvez les faire ICI.

On ne dira jamais assez combien ces musiques du bout du monde sont infiniment précieuses, parce qu’elles portent en elles d’autres scènes, d’autres usages de la musique. Elles font exister des lieux : on y entend d’autres voix, d’autres langues, d’autres sonorités, d’autres histoires et d’autres formes pour les dire. Le projet est bénévole. Il ne reste que deux jours ! On ne saurait trop vous encourager à être de l’aventure.

 “Y mentras las penurias quedan dormidas,/ todos es color y ritmo sobre la tierre.”  (Athualpa Yupanqui)

 

_______________

Le disque : http://fr.ulule.com/vincent-moon/

Le label : http://lesaule.fr/

Les films : http://www.vincentmoon.com/list.php?cid=13&PHPSESSID=7e736a1031db9498937bb6383650a062