La Blogothèque
Soirées de poche

My Brightest Diamond

Shara Worden a donné tellement d’amour, a lancé tellement de beauté, récolté tant de sourires pendant cette soirée qu’elle méritait bien une lettre d’amour (et un film pour fixer la magie).

Je me souviens très bien de la première critique  qui m’a poussé à acheter un disque. C’était dans Rock & Folk, en septembre 1994. Grace, le premier album de Jeff Buckley, y était classé Disque du mois, et accompagné d’une éloge sans retenue. Stan Cuesta s’y montrait abasourdi, mis par terre par le talent de Buckley, et se lâchait en conséquence :

C’est l’esthétique du flou qui revient en force, et merde pour les productions au scalpel. De la magie, du mystérieux, du bordel organisé ! C’est trop… Trop beau, trop fort. Un chef d’oeuvre. Des types comme ça me dépriment. Trop doués. Chapeau bas.

My Brightest Diamond a commencé sa Soirée de Poche en reprenant “Gunshot Glitter”,  une chanson rare de Jeff Buckley, et j’ai pour elle la même admiration sidérée que Cuesta pouvait avoir il y a vingt ans pour lui.

Sauf que Shara Worden ne me déprime pas. Elle est de ces personnes qui élèvent, qui tirent tout vers le haut, les épaules, les rêves, les regards et les sourires. Elle est une force de joie, de beauté et de sagesse. Sa voix est douce et forte comme celle d’une mère louve, toujours juste, même si elle mène une troupe et saute sur place tout en chantant. Ses chansons réussissent la prouesse d’être à la fois des horlogeries complexes, intelligentes, au mécanisme limpide, et des blocs d’énergie qui parlent aux tripes. Donnez-lui une guitare et une pédale d’effet, un quatuor, une fanfare, une caisse claire, un kazoo ou ne lui laissez que la voix, elle vous mettra par terre, que vous soyez seul face à elle ou une foule à conquérir.

Nous savions qu’elle serait parfaite en Soirée de Poche. Nous n’imaginions pas à quel point. Elle commença dans une chambre, finit dans la cuisine. Elle nous fit exécuter une chorégraphie des bras, mettre des masques de hibou, assurer ses choeurs, faire un cocon autour d’elle.  Elle dansa, elle joua de trois instruments à la fois, et se lança même dans un karaoké débile d’eurodance. Et surtout, elle nous offrit un moment rare, cette interprétation en français de “Ceci est ma main” et sa danse délicate au milieu du public. A chaque fois que nous la filmons, Shara Worden nous laisse un souvenir brut, inaltérable. Nous comptons bien continuer à les accumuler, ces diamants.

I Had Grown Wild, le nouvel ep de My Brightest Diamond qui contient notamment le titre “Ceci est ma main” que l’on vous avait fait écouter en avant-première en début d’année, sortira le 18 mai. Vous pouvez d’ores et déjà le pré-commander par ici en digital (une version vinyle devrait sortir pendant l’été).

Shara sera en concert au Primavera Festival le 31 mai à Barcelone, au Lunar Festival le 6 juin à Birmingham et au Field Day le 7 juin à Londres.