La Blogothèque
Concerts à emporter

Avi Buffalo

Un mois plus tôt, ces deux titres auraient eu une résonance différente. On ne les aurait vu que comme ce qu’ils étaient : deux morceaux tirés de l’album – le deuxième seulement – d’un jeune homme de 24 ans au songwriting précieux, à l’écriture pop agile et à la voix haut perchée si touchante et reconnaissable. Deux titres d’un disque (At Best Cuckold) que l’on a écouté en boucle l’an passé, joués en acoustique avec poésie dans un skatepark et une maison abandonnée pas franchement poétique, près de Paris.

Or, depuis le tournage de ce Concert à Emporter en octobre dernier, Avigdor Zahner-Isenberg a annoncé qu’Avi Buffalo n’était plus. Plus envie. Plus d’énergie. Une impression que ce groupe, fondé alors qu’il avait 15 ans à peine, a dépassé sa durée de vie, sa taille idéale, et l’a consumé. On connait trop bien le sentiment qu’un artiste peut avoir d’être avalé par sa propre création.

À la lumière de tout cela, on aurait bien du mal aujourd’hui à ne pas voir dans ces deux morceaux de drôles de prémonitions. Le premier s’appelle “So What” – un “Et alors” affirmatif, sans point d’interrogation, sans doute permis, comme le long texte définitif qu’Avi, visiblement épuisé, a écrit pour annoncer la fin de son projet il y a quelques semaines.

Le second se nomme “Won’t Be Around No More”, un titre annonciateur presque, choisi des mois (des années peut-être ?) avant qu’Avi  ne songe à mettre un terme à son groupe.

On n’aime pas beaucoup les au revoirs à la Blogo, mais quitte à le faire, autant que ce soit d’une si belle et prophétique façon.