La Blogothèque
Concerts à emporter

Father John Misty

Josh Tillman n’a pas besoin d’en faire trop. Tout est là. Il est le genre de mec sur qui les chemises tombent parfaitement, qui est viril avec une barbe et viril sans, qui porte les cheveux longs magnifiquement, dont chaque chanson est une histoire improvisée pour vous, la mélodie s’imposant d’elle-même. Un mec doué, sensible, émouvant, drôle, cultivé, qui pourrait s’asseoir au fond de la salle, et n’avoir pas plus qu’une ou deux phrases à sortir, agrémentées d’un léger sourire, pour que tout le monde se retourne vers lui.

Mais voilà, Josh a décidé d’en faire des tonnes. Tout petit, déjà, quand il était batteur des Fleet Foxes, c’était souvent lui qui animait les concerts en glissant ses vannes entre les morceaux. Puis il a créé Father John Misty, dont l’acte de naissance fut un passage chez David Letterman tout en flamboyance et en ostentation : chant appuyé, costume cintré, hanches chaloupées, grands mouvements de bras et regards caméras appuyés.

Avec son nouvel album, I love you, Honeybear, il a gardé la même ligne. Nouvelle prestation chez Letterman dans laquelle il joue avec les codes de la réalisation télévisuelle. Site ironisant sur le discours marketing des sites de streaming. Auto-références dans les titres de ses chansons. Et sur disque, des violons, des choeurs, des rires enregistrés, une production spectorienne et une mandoline dans les balades.

Il était évident qu’il aurait une idée de ce qu’il voudrait faire avec nous. La mandoline justement, celle qui ponctue les couplets de “I went to the store one day”, irait magnifiquement dans un cadre de resto trop romantique, du genre de celui de La Belle et le Clochard, non ?  C’est ce qu’il nous a dit. Soit, donc. Des pierres sur les murs, des fleurs dans les vases et de longues bougies. Et là, accompagné de la mandoline et des cordes idoines, Father John Misty n’en a pas trop fait. Et bien évidemment, c’est tombé juste.