La Blogothèque
Concerts à emporter

The Districts

L’addiction est en général un bien vilain défaut, sauf en musique. C’est d’ailleurs ce processus de dépendance immédiate qui s’est mis en place lorsque j’ai vu The Districts sur scène pour la première fois, un peu par hasard, à l’édition 2014 du Great Escape à Brighton. Vingt-cinq minutes de concert en chaussettes, un jusqu’au-boutisme fou, un besoin de tout donner là, maintenant, au cas où le monde s’écroulerait, et un titre que j’ai chantonné pendant des jours avant de pouvoir enfin l’écouter de nouveau chez moi : “Long Distance”, extrait de leur premier ep, Telephone.

Il faut dire qu’en matière de musique, je fonctionne à l’obsession maladive. Je peux tout à fait écouter un album, voire un titre, en boucle pendant des semaines, des mois, jusqu’à en connaître tous les accords, toutes les nuances, jusqu’à l’overdose. Ce fût le cas pour “Long Distance” donc, puis pour tout le reste de cet ep rempli de la fameuse sacro-sainte énergie juvénile que célèbre en permanence l’industrie de la musique, souvent à tort.

Or chez The Districts, il ne s’agit pas que de cela. Oui, ils sont jeunes – nous avons frôlé l’apoplexie lorsque Rob, leur chanteur, nous a déclaré le plus simplement du monde être né en 1995. Oui, ils ont une fougue épatante sur scène, une urgence qui donne l’impression que chacun de leurs concerts est un train lancé à tout vitesse qui vous percute. Oui, ils chantent des chansons d’amour, de séparation, de relations à distance maintenues en vie grâce à Skype comme des gosses à peine sortis de l’adolescence.

Mais The Districts ont quelque chose en plus. Une maîtrise de la composition impressionnante et délicate qui empêche de les caser trop aisément dans la case punk et DIY. Un amour de la pause et du silence aussi, qui fait de titres comme “Long Distance” autre chose qu’un simple morceau rock très calibré de trois minutes trente – en en rajoutant quatre de plus, les gamins américains en ont fait un hymne de rock sudiste qui sent bon la poussière et le whisky tord-boyaux. Et puis surtout une voix à la fois brisée et touchante, bien plus vieille que le corps qu’elle habite : celle de Rob donc, capable de grands écarts émotionnels, qui me rappelle un peu les Kings of Leon à leurs débuts, avant que la vague du stadium rock n’en fasse des apprentis U2 de foire.

Quand on les a rejoints ce jour-là derrière le Cabaret Sauvage où ils s’apprêtaient à ouvrir pour les Raveonettes, les petits Districts étaient intimidés, mais pas sauvages. Ils ont bricolé un drumkit portable à leur batteur avec deux morceaux de scotch et des bouts de ficelle. Ils ont donné de la voix sous ce pont le long du canal au son de deux de leurs nouveaux morceaux, “Suburban Smell” et “4th and Roebling”, extraits de leur tout premier album, A Flourish And A Spoil, comme pour montrer que Telephone n’était certainement pas un accident – il n’en est pas un, ces jeunes garçons ont du talent. Ils ont eu de très jolis moments de grâce, guitares à la main, dans le soleil couchant de cette fin d’après-midi froide qui s’est terminée entre deux rails de tramway, face à une équipe de sécurité de la RATP plutôt remontée de les voir jouer sous les lignes à haute tension – c’est une autre histoire, on vous la racontera bientôt.

Je ne sais pas si ce mot a encore un sens, mais ces jeunes garçons ont, de leur Amérique natale, crée mon nouveau groupe préféré. Conseil d’amie : écoutez-les.

 

 

 

The Districts seront en concert à Paris les lundi 2 février (Pop Up du Label) et samedi 25 avril (Flèche d’Or)