La Blogothèque

Øya Festival 2014

Vous pensiez que la rentrée rimerait avec la fin des reports des festivals auxquels vous n’êtes pas allés ? Raté, on vient en remettre une couche.

Début août, on était invités à Oslo pour la seizième édition du Øya, l’un des plus gros festivals scandinaves l’été. Sur le papier, le Øya évoque un croisement entre Rock en Seine, le Pop Montréal et Primavera (ou plutôt à l’idée que je me fais de Primavera puisque je n’y ai jamais foutu les pieds). En réalité, il n’en est rien. Oubliez ce que je viens d’écrire en fait, le Øya est un truc vraiment à part. Pour vous brosser le tableau vite fait, imaginez quatre jours de concerts non-stop dans un parc capable d’accueillir cinq scènes et trente mille personnes, le tout en plein centre ville. Imaginez un site toujours propre avec assez de toilettes et des poubelles partout, des gens beaux et polis et des concerts qui commencent à l’heure. Du genre à faire passer Rock en Seine pour un vilain tekos, vous commencez à saisir ? C’est à peu près la définition du festival parfait. Bien sûr, tout ceci à un prix et les places sont chères payées (environ 300 euros pour les quatre jours). Ça n’a pas empêché le  festival d’afficher complet deux mois avant la date. En même temps, avec plus de trente concerts par jour (sans compter les innombrables soirées aux quatre coins de la ville) dans des conditions exceptionnelles, tout ceci est très compréhensible. De notre côté on n’a pas hésité à faire nos sacs sans broncher, surtout à l’idée de voir Mayhem fêter ses trente balais à la maison. On vous raconte.

ØYA KLUBBDAGEN / JOUR Ø

CARAVAN

Quoi que l’auteur de ces lignes aimerait penser, la musique norvégienne (et la musique tout court d’ailleurs) ne se résume ni au black metal, ni à Turbonegro. Ça tombe bien, les organisateurs ont décidé de rompre les clichés en transformant Oslo en showcase géant pour promouvoir la scène locale le temps d’une soirée. Le programme affiche plus de 80 groupes du cru qui investissent tout ce qui peut accueillir un semblant de scène dans la ville. Qu’à cela ne tienne, on en profite pour faire le tour des rades du coin. Pendant qu’un groupe en chemises à carreaux sort ses plus beaux tremolos pour émouvoir la quadra, les mecs de Haust détruisent le système son du Café Mono avec leur punk martial crasseux. Pas vraiment rassurés par le fait que le chanteur – sorte de Jay Reatard croisé avec Tad –  passe la moitié du concert à fixer le public d’un air menaçant, on trace au Kulturhuset rater de peu les prometteur Feelings qui partagent la scène avec les space-rockers de Spectral Haze. Qui s’en tirent vachement bien, notamment grâce à leurs dégaines de Seigneurs des Acides, mais surtout pour avoir réussi à caser de la double-pédale dès que l’occasion se présentait. Pari osé, puisque le public est principalement composé de yuppies venus déguster des cocktails à 20 balles en mode äfterwørk. On se finit pas très loin de là devant Tombstone et leur doom qualité granite qui partagent la scène avec les légendes du death californien, Possessed. C’est pas ce soir qu’on se sera réconciliés avec la guitare sèche, mais on réussit à vivre avec.

ONSDAG / JOUR 1

NONO-LE-ROBOT-ECOL

L’ensemble du quartier environnant le Tøyenpark a été bouclé pour les besoins du festival et on aperçoit quelques pancartes de protestation discrètes aux fenêtres des habitations environnantes. Ça va oh les rabat-joie, c’est pas non plus la fête de l’Huma. Nous découvrons 5 scènes énormes sur les collines aérées du parc, il y a des arbres partout et la pelouse est impeccable. Les hostilités peuvent enfin commencer. Enfin, « hostilités », façon de parler puisque l’on découvre très vite que le Øya est probablement le festival le plus prévenant du monde. Sécurité polie et souriante, distribution de crème solaire et de chapeaux pour éviter les insolations, ramassages constants de déchets et bière outrageusement chère. Il est techniquement impossible de se blesser là-bas, à moins d’y mettre énormément de mauvaise volonté. Le revers de cet excès de prévention, ce sont les panneaux « No crowdsurfing » bien en évidence devant chaque scène. Brody Dalle en est la première à faire les frais quand sa demande de circle pit se solde par un échec critique auprès d’un public très poli. C’est tout ce qu’on retient de ce concert pendant lequel la compagne de Josh Homme passe son temps à se plaindre « de ne pas avoir tout son matos qui a été volé ouin ouin ouin ». Je pense qu’on aurait tous préféré des excuses pour cet abominable duo avec Shirley Manson mais, hey, la vie c’est comme ça, on n’a pas tout ce qu’on veut mon gars.

THE-DISTRICT

Sur les conseils de confrères anglais, on se dirige vers The Districts. Pourquoi pas après tout, ils viennent d’être signés sur Fat Possum et sont originaires de Philly, le terrain de jeu de Purling Hiss et de Cough Cool. Le verdict tombe au bout  de deux chansons : malgré tous les efforts mis en œuvre par le chanteur pour nous montrer à quel point il vit sa musique, on se dit qu’on aurait mieux fait de rester au stand de Musique Norway. C’est vrai quoi, les gens y sont sympas et il y a une piscine. Oui, vous avez bien lu, une piscine. On évite de justesse le set de The National – question d’honneur – mais subissons quelques dommages collatéraux quand résonne « Riders On The Storm » que les tontons relous de l’indie ont décidé de mettre en guise d’intro. Sale histoire. Heureusement, Earthless vient vite remettre les pendules à l’heure en montrant au public ce que doit être la musique de drogués. Lourde, poussiéreuse et noyée dans les solos. Tout l’inverse des Queens Of The Stone Age en fait, qui confirment ce soir-là leur statut de Hyundaï du stoner. Entendre par là que ça tient la route en consommant peu mais que c’est quand même vachement moins cool qu’un bon vieux break Volvo. Mais peu importe, les gamins des premiers rangs hurlent « Co-co-co-co-co-caïne » en chœur avec un Josh Homme, pas revanchard envers le public norvégien.

EARTHLESS

On profite de cet excès de ferveur pour s’eclipser et essayer de voir Tremoro Tarantura qui joue à l’autre bout de la ville. Nouvel échec, les norvégiens ont déjà laissé la place à Forest Swords quand on arrive. Dommage, leur clip était bien. On se rabat devant Poliça, dont la performance évoque à notre photographe “un concert de Gala dans Second Life, mais avec deux batteries”. Je n’ai à ce jour pas trouvé de meilleure définition, mais promis je cherche encore.

TORSDAG / JOUR 2

NOSLEEP

Le bon côté de la Norvège et de ses pintes à 9 euros, ce sont les lendemains sans gueule de bois. On arrive donc à être presque à l’heure sur les lieux qui semblent aussi vierges qu’à la première heure. Les stigmates de la veille sont effacés par les armées de bénévoles s’affairent à nettoyer le site à longueur de journée. Les nombreux enfants présents aussi sont mis à contribution, moyennant récompense. Conor Oberst, qui a visiblement troqué le mascara de ses années Bright Eyes pour une paire de santiags, ouvre le bal. Cette reconversion sied particulièrement bien à l’ex-posterboy de l’emo qu’on suit pépouze dans son équipée à travers le Middlewest. Ça manque un poil de steelguitar pour que la magie opère complètement, mais Bill Callahan assure le S.A.V. un peu plus tard avec un concert aussi beau et solennel que des funérailles de cowboy. On évite de s’attarder devant Jungle, je n’ai de toute façon pas beaucoup de respect pour les groupes qui font mine d’ignorer que la basse slappée est proscrite depuis deux décennies. Idem pour Blood Orange qui se la joue diva en interdisant photos et vidéos. Pas une si mauvaise idée en fait, ça serait con que le monde découvre trop vite que le nouveau projet de Dev Hynes sonne sur scène comme une version à rallonge du générique des Dessous de Palm Beach.

loww

On se console assez vite, LOWER commence à jouer quelques centaines de mètres plus loin. Reebok Classic et serviettes sur les épaules, les lads de l’écurie Posh Isolation démontrent la supériorité danoise sur le reste du monde dans la ré-appropriation de ce que les eighties ont fait de plus beau. « Seek Warmer Climes », le titre de leur excellent premier album, n’est qu’un vaste mensonge. En 45 minutes de cold wave viciée et sèche, les potes d’Iceage ne cherchent en fait qu’à prouver qu’une chose : malgré les 25 degrés et le soleil qui irradie le festival, la Scandinavie reste la maîtresse quand il s’agit d’instaurer l’ère glaciaire dans les cœurs.

OUTKAST_04

Pas de panique, le réchauffement revient vite avec deux poids lourds d’Atlanta qui se partagent l’affiche du soir. D’un côté Future, qui assure le service minimum en feignant à peine de rapper par dessus le playback. L’essentiel du show repose sur le MC qui passe son temps à hurler et les vibrations des basses à faire démissionner Sunn O))), mais les bras sont levés et les mecs de Lower ont l’air de prendre autant leur pied que les gamines en sueur qui tortillent du boule dans la fosse. Mission accomplie donc. Plutôt Old School Players que New School Fools, Outkast déballent quant à eux l’artillerie lourde à grands renforts de déguisements et d’effets visuels. Si l’on avait encore des doutes sur les motifs de la reformation, les billets énormes diffusés sur écran et l’étiquette « Sold Out » qui pendouille sur la combinaison d’André 3000 viennent balayer toute possibilité d’ambiguité. Mais le duo assure l’animation et revisite efficacement vingt années de classiques avec un enthousiasme non-feint. On en arriverait presque à en oublier que les deux se détestent. Sacrée leçon de professionnalisme.

FREDAG / JOUR 3

DFHVN2

On ne va pas se mentir, on n’est pas mécontents de voir les nombreux fans de Mayhem venus pour la grand messe apporter un peu d’hétérogénéité dans une foule globalement plus portée sur le chino que la veste à patches. Très vite, Deafheaven s’occupe de mélanger tout ça, histoire de donner aux TRVE l’opportunité de pleurer sur la prétendue récupération de leur cher metal ou aux plus philosophes d’entre nous l’occasion de disserter sur « l’émergence d’un nouveau champs d’action restreinte à la croisée de l’underground et du grand public » (coucou Volume!). En attendant, la clique de George Clark excelle une fois de plus dans la catégorie post-black-gaze-sensible-core dont ils sont les uniques représentants. En sept chansons et trois litres de crachats à destination du premier rang, les californiens réussisent à faire taire les plus haineux. Et à les rendre sourds, aussi. Mus par une remontée de nostalgie pour nos années ingrates, on tente de se faufiler pour aller voir Neutral Milk Hotel de plus près. Histoire de s’assurer que c’est bien Jeff Mangnum qui chante et non pas Cousin Machin. Sans succès : là où on s’attendait à trouver des trentenaires pleunichards hocher mollement de la tête, on se heurte à une horde compacte d’ados chantant en à tue-tête les paroles d’« In The Aeroplane Over The Sea ». La Norvège est décidemment pleine de surprises.

JOEY-BADASS

Tout va trop vite , l’incompréhension devient totale quand on retrouve ces même gamins déjà revenus de leur phase indie-fragile et qui affichent maintenant devant Joey Bada$$ une défiance propre aux délinquants juvéniles. Bras en l’air, vas-y que ça hurle « Fuck the Police » en choeur avec le rappeur New Yorkais plutôt en forme. Toujours sous le regard bienveillant de la sécurité  bien sûr, qui se régale du spectacle.

OBLITERATION-5

Si du côté de la grande scène Robyn et Röyksopp semblent faire l’unanimité on préfèrera aller se faire baffer par Obliteration, qui portent décidément bien leur nom. La récente signature de Relapse Records connait ses classiques et pratique un death metal à l’ancienne : le jean bien rentré dans les Nike montantes, cartouchières et fumigènes à pleine balle mais surtout la mort, la mort et encore la mort comme seuls mots d’ordre. J’espère que le mec venu assister à ce formidable revival avec un bébé dans les bras saura expliquer à son marmot l’heure venue pourquoi les gens n’ont pas cherché à figer le temps en 1985, tellement ça avait l’air cool. Je n’ai pour ma part trouvé aucune excuse valable.

MAYHEM01

Mayhem non plus n’a pas l’air vraiment porté sur le futur et c’est tant mieux. Pour fêter leurs trente années de blasphème, les légendes du Black Metal norvégien ont transformé la scène en barbecue géant à base de carcasses de moutons et de têtes de porc enflammées. Ok, tout ça fait vachement plus train fantôme que messe noire et Esoteric Warfare – leur dernier album en date- était loin d’être la claque attendue. Mais qu’est-ce que tu peux faire ? Ces mecs sont les rois. Attila Csihar fout toujours autant les boules avec ses trois tonnes de corpse paint, la batterie de Hellhammer sonne comme une demi-douzaine de mitrailleuses et Necrobutcher a les yeux plus révulsés que Blake Judd. Les premières notes de « Sylvester Anfang » commencent à peine à résonner sous la tente du Sirkus que les gens deviennent fous, délenchant le tout premier circle-pit du festival. Et quand bien même Necrobutcher décide de casser l’ambiance en faisant monter un sosie de Joey Ramone pour une reprise cheloue de « Commando »  en norvégien, l’hystérie collective ne redéscendera pas d’un poil. Des rois on t’a dit.

 LØRDAG / JOUR 4

TATOO_CRASH-BARRIER

Bon, je vous sens aussi las que je l’étais en ce samedi 8 août alors je vais la faire courte, pas de panique. De toute façon la programmation du dernier jour condense à peu ou prou trois jours de Route du Rock, la pluie en sus. Comme il y a fort à parier que vous étiez à Saint Malo, ça devrait bien se passer. Donc, dans l’ordre : Angel Olsen est toujours aussi mignonne, on a toujours envie de l’avoir pour petite sœur. Ah, et on lui doit également une analyse pertinente de la condition de musicien tournant tout l’été : « We’re living the festival life everyday. It’s like Bandcamp ». Sharon Van Etten a l’air d’aller mieux, on est très très contents pour elle. Par contre, c’est paradoxalement vachement plus chiant depuis qu’elle est sortie de sa dépression. Omar Souleyman a en revanche toujours le sens de la fête et donne envie de se marier au bled juste pour l’inviter à faire l’animation. Mac de Marco semble quant à lui avoir trouvé le secret du clonage humain puisque son public est constitué de 200 petits Mac De Marco qui rigolent à des blagues qui ne sont censées faire rire que celui qui les raconte. Conclusion, acheter un disque de ce type, c’est donner de l’argent à R A E L.

SLOWDIVE01

Que peut-on écrire sur Slowdive qui n’a pas déjà été dit dans les 120 derniers reports de festival ? Eh bien au risque de se répéter, c’est au moins aussi sobre et classe qu’à la Villette Sonique, voire mieux. Seul regret : on aurait voulu être en âge de rouler des pelles quand est sorti Just For A Day, je suis sûr que ça aurait été vachement mieux que d’emballer sur Offspring. En parlant de classe, Bryan Ferry donne une leçon à tout le monde, y compris à Necrobutcher qui est revenu pour l’occasion. Darkside ont l’air d’apprécier les fumigènes plus que de raison, et le fait qu’ils jouent la même (bonne) chanson pendant 45 minutes n’a l’air de choquer personne. Peut-être que tout le monde était au courant pour leur séparation à venir et n’était pas d’humeur à faire la fine bouche. On rate Todd Terje pour cause de pluie mais le peu qu’on en voit avait l’air pas mal.

DARKSIDE

Désolé, on préfère se sécher au BLÅ devant Baby In Vain – sorte de Vivian Girls danoises mais en bien – et Deathcrush, qu’on ne peut que féliciter d’avoir choisi un nom qui fait référence à Mayhem (oui cet article est tout à fait orienté). Musicalement c’est un peu dur définir, je vous laisse vous démerder avec le bandcamp. Mais j’ai bien aimé les ballons-smileys et le batteur qui hurlait entre deux riffs de grind. Exactement le n’importe quoi qu’il fallait pour finir en beauté : sur les rotules en implorant la Norvège de prendre pitié de nous et de nous laisser repartir vivants.

Un grand merci à  l’équipe du Øya pour leur chaleureux accueil, ainsi qu’à l’équipe de Music Norway pour s’être démenés pour nous tout au long du festival. Karoline, Siggy, Claes, Alex & Emma : Takk.

Merci à Wahiba pour le coup de main sur les photos.

 En parlant de Music Norway, ils vous ont préparé une énorme playlist des groupes norvégiens présents sur le festival, ne soyez pas timides, allez y jeter une oreille par ici.

Plus d’infos sur http://oyafestivalen.com/

Dernière chose, LOWER sera de passage le 1er novembre au festival Soy et le 4 à Paris. Infos ici et