La Blogothèque
Concerts à emporter

Benjamin Booker

Benjamin avait un chandail un peu leste, un T-Shirt au col grignoté et un sourire désarmant de plaisir et de sincérité, celui d’un gamin prêt à tout découvrir, paré pour la déconne, pour l’aventure. Max était plus calme, ne quittait pas ses baguettes. Ils étaient arrivés avec un certain retard et, alors que nous faisions connaissance et installions les micros dans un café à l’écart, nous savions que le vide grenier au milieu duquel nous voulions jouer était en train de plier. 

De fait, lorsque nous avons débarqué dans la petite rue pavillonnaire d’à côté, il ne restait que quelques rares stands et, partout, des objets abandonnés qu’une équipe d’éboueurs glanait paresseusement, les jetant dans une grande poubelle sur roulotte. On ne sait plus trop qui a cherché l’autre, qui de Benjamin ou du chef des éboueurs a le premier accroché l’autre. Mais à peine avions nous parlé de ce que nous pourrions faire que nous avons vu le musicien grimper sur la poubelle, essayer de se tenir debout, et commencer à jouer.

On parle souvent, à propos des Concerts à emporter, de ces artistes que nous devons pousser à jouer hors de leur ‘zone de confort’. Point besoin de cela avec Benjamin. Il était d’entrée désireux de se confronter à un environnement inconnu. C’est un gamin à l’énergie folle, un gamin avec la voix d’un vieux briscard, une voix qui a charrié mille douleurs mais en redemande encore, prête à jouer, où qu’elle soit.