La Blogothèque

“Arua Amusica” : les Concerts à Emporter au Brésil (3/5)

Parce qu’il n’y a pas que le foot dans la vie, on continue notre série de Concert à Emporter tournés au Brésil. Troisième volet tourné au printemps 2011 et 2012 : Metá Metá, Dom La Nena et Emicida.

Metá Metá

Metá Metá est un groupe de Sao Paulo formé par le guitariste, chanteur et compositeur Kiko Dinucci, la chanteuse Juçara Marçal et du saxophoniste Thiago França. Après avoir sorti leur première album éponyme en 2011, ils sont devenus un des groupes émergents les plus célébrées dans la ville ces dernières années, avec un public grandissant vite et un succès critique unanime. Il est difficile de dire où ils se placent dans le vaste histoire musical du Brésil et de ses courants, mais il est possible de distinguer des motifs de musiques africaines, la musique urbaine mené de riffs d’Itamar Assumpção et de plusieurs rythmes brésiliens comme la samba ou le jongo.

Kiko et Thiago sont des instrumentistes experts et inventifs, et Juçara une chanteuse puissante et inspirée, ils densifient l’espace et souvent on croirait qu’ils sont beaucoup plus sur scène, joints par une audience entre l’hypnose et la transe qui chantent des refrains dans un langage dont ils ne comprennent pas un seul mot – le dialecte Yorubá qui a aussi été une inspiration pour leur nom de scène qui signifie « Trois en même temps ». Comme eux, populaire et étrange.

Metá Metá a sorti deux albums jusqu’ici : Metá Metá (2011) et Metal Metal (2012). Leur premier album est basé sur le trio et est surtout tenu par les chansons. Pour le deuxième, ils ont invité d’autres musiciens et ils explorent un son afro-punk beaucoup plus agressif et des trips soniques comme dans Man Feriman.

Ce film a été tourné dans le quartier de Kiko à São Paulo, Cambucci. Chez lui en attendant les autres, il nous a montré un extrait du film O Bandido da Luz Vermelha (« Le bandit de la lumière rouge ») de Rogério Sganzerla, considéré comme un des symboles du cinéma marginal brésilen des années 60, et le documentaire qu’il a lui-même réalisé sur les religions afros du Brésil Dança das cabaças (« La danse des têtes »)

Sous le soleil automnal de cet après-midi à Cambucci et devant les graffitis des frères Os Gemeos, le trio a joué deux hantons de Kiko « Engasga Gato » et « Oranian » co-écrite avec Douglas Germano. Ils ont réussi à délivrer une superbe version de la première chanson malgré l’enthousiasme un tantinet polluant d’un des passants.

 

(Texte de Fernando Rischbieter)

 

Dom La Nena

Dom La Nena est une violoncelliste et chanteuse Brésilienne originaire de Porto Alegre. Elle chante principalement en Portugais et en Espagnol, mais aussi parfois en Français et en Anglais.

« O Vento » (Le Vent) est extrait de son premier album Ela sorti début 2013 et ayant reçu un accueil chaleureux et enthousiaste autant en Amérique qu’en Europe. Les 13 chansons de l’album évoquent une certaine mélancolie nostalgique de l’enfance de Dom qui n’a vécu que jusqu’à 8 ans dans son pays, soit pour suivre ses parents à Paris pour leurs études ou pour aller étudier le violoncelle seule à 12 ans à Buenos Aires avec la prodigieuse Christine Waleska.

Cet album saudade écrit à 21 ans dans le 12e arrondissement et enregistré dans les Cévennes chez Piers Faccini est d’une douceur tendue, où la tristesse et la joie co-existent en une profonde harmonie. Les souvenirs des lieux laissés viennent hanter ceux où elle s’installe, et dans cet album Dom semble avoir trouvé une place apaisante aux fantômes de tous ceux qui lui manque. Comme si elle y avait inventé son propre pays.

C’est toujours plus facile de trouver le bon moment pour filmer un musicien lorsqu’on vit ensemble… Quand du 25e étage au dessus de l’avenue Paulista, nous avons vu cet impressionnant orage avancer au-dessus de São Paulo, nous avons tout de suite pensé à cette chanson de Dom « O Vento » qui évoque les inondations dramatiques survenus récemment au Brésil.

Dom La Nena sortira un deuxième album en Février 2015, et sera entre-temps sur la route, entre autre, avec Rosemary Standley pour leur duo Birds on a wire.

 

Emicida

Tout le monde aime Emicida. En plus d’être un compositeur respecté et un écrivain suivi, il est devenu un porte-parole du peuple. La scène rap de São Paulo a longtemps été confinée à l’obscurité, Emicida l’a amené dans la lumière.

Entouré par une bande d’amis fidèles, il a commencé une carrière très DIY, produisant ses mixtapes & singles, et en enregistrant et gravant ses propres CD pour les vendre de la main à la main. Ainsi il a vendu plus de 30000 disques.

Il ne pouvait en être différemment, Emicida est différent, et a une manière bien à lui de faire co-exister rimes et mélodies avec une aisance bluffante.

Emicida a commencé sa carrière avec un single qui a eu beaucoup de succès « Triunfo » et de là il a immortalisé son cri A rua é nos (La rue est à nous). Un an plus tard il publie sa première mixtape Pra quem Já Mordeu um Cachorro pro Comida Até que eu Cheguei Longe (“Pour un mec qui a une fois mordu un chien parce qu’il avait faim, je viens de loin”). Son dernier album s’appelle O Glorioso Retorno De Quem Nunca Esteve Aqui (“Le glorieux retour de celui qui ne fut jamais là”).

Le train nous a emmené au Laboratorio Fantasma, – la compagnie qu’il dirige avec ses amis. Nous étions guidés par le journaliste Peu Araújo qui habitait le même quartier dans la banlieue nord de São Paulo. Emicida nous a reçu avec un de ses grands amis et collaborateurs Rael Da Rima qui a chanté avec lui cette chanson « A Cada Vento » rajoutant un puissant élément mélodique à ses rimes.

Nous avons tourné du balcon du frère d’Emicida qui a aussi joué de la guitare sur la chanson. De là nous avons improvisé une petite scène et ils jouaient pour les passants plus bas, derrière les barreaux de sécurité de rigueur São Paulo.

 

(Texte de Filipe Franco)

 

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