La Blogothèque
Mercredix

Mercredix #97 : I’m singing in the rain

Le Great Escape, sa pluie, ses files d’attente interminables et son vent à 1 million de km/h ne seront pas venus à bout de notre amour pour Brighton et son Pier. On en a d’ailleurs ramené une playlist de dix groupes vus ou découvert dans sa programmation, avec pas mal de guitares dedans.

The Districts Une voix brute, légèrement cassée, qu’on sent capable de passer de la quiétude à la colère en une fraction de seconde. Un bassiste qui joue en chaussettes, et cache l’intégralité de son visage derrière ses longs cheveux. Des riffs à la Kings Of Leon quand les Kings Of Leon faisaient encore ce rock sudiste plein de poussière et de sueur, plutôt que du stadium rock moisi. Des morceaux qui pourraient faire les trois minutes trente règlementaires, mais en font quatre de plus. Inutile d’expliquer pourquoi The Districts est devenu mon nouveau groupe préféré en moins de douze secondes.

Stats Quand j’ai vu le leader de Stats monter sur scène, je me suis demandé s’il allait chanter ou me proposer d’ouvrir un PEL à la BNP. De sa bouche a fini par sortir une voix robotique, au ton surjoué, un chant presque parlé parfois. J’aurais du détester Stats, mais leur façon d’insuffler du funk dans une pop glaciale m’a plu. J’avoue : j’ai dansé.

Famy Si je portais des fleurs dans les cheveux et qu’on me demandait de choisir l’incantation sur laquelle danser nue pour instaurer la paix dans le monde et la semaine de quatre jours, je crois que je choisirais “A Ho A Hand” de Famy – potes des regrettés WU LYF et moitié des canailles de Los Porcos.

Years & Years Olly à la vingtaine. Il a l’air d’avoir douze ans. Olly était totalement inconnu au bataillon quand je l’ai vu pour la première fois en novembre dernier. Il faisait un temps de chiottes et la morosité ambiante a été effacé en quelques secondes par son sourire trop grand pour sa tête. Olly dégage une naïveté, une absence de cynisme salvatrices. Quelque chose de très simple, d’avenant, de bienveillant qui pousse les corps à se rapprocher de lui. Olly s’est entouré de rythmiques un peu pataudes, d’une électro-pop qui ne lui rend pas toujours justice, mais il a quelque chose qui rend tout acceptable : une voix capable des plus périlleuses pirouettes, assez r’n’b pour satisfaire la fille des années 90 que je suis, imperceptiblement empreint de soul aussi. Je n’ai jamais réussi à retrouver ce que j’avais ressenti ce soir-là plus tard sur disque. Heureusement, le Great Escape était là pour me filer ma dose.

Bad Breeding Un quart d’heure de punk pur. Un guitariste qui monte sur scène déjà torse nu et en sueur. 65437 décibels dans ta gueule et une perte d’audition avoisinant les 73%.

Hawk House Tu te souviens quand on était un peu cons et qu’on aimait autant NTM que les Fugees ? Hawk House, c’est un peu l’hybride qu’on aurait crée en fumant nos premiers joints vautrés sur le canapé pendant que les parents étaient en weekend à l’île de Ré.

Douglas Dare Je repense souvent à ce moment où la vague t’attrape sans que tu t’y attendes. Elle t’arrache les pieds du sol, te retourne, te maltraite et te fait rouler un nombre incalculable de fois sous l’eau jusqu’à ce que le ciel et le sol ne te semblent que de lointains souvenirs. Puis vient cette fraction de seconde où tes genoux touchent le sable, où ton instinct de survie te dicte de remonter à la surface et de respirer, mais où inconsciemment, tu as envie de rester là, bercé par le mouvement du ressac, privé de tes facultés visuelles et auditives, coupé du monde. Douglas Dare, c’est tout cela à la fois, et c’est aussi Erased Tapes, le label auquel je fais confiance les yeux fermés.

Beaty Heart Je vous la refais tous les ans mais chaque année, il me faut mon disque Bisounours. Nous ne sommes qu’en mai, mais je l’ai trouvé : Mixed Blessings de Beaty Heart, trois anglais qui n’ont toujours pas décidé s’ils voulaient être Animal Collective ou Vampire Weekend, alors ils font les deux.

Blaenavon Il a une belle gueule le chanteur de Blaenavon. Il a surtout cette voix de branleur juste assez mélancolique pour plaire à Dali, et des accords de guitare qui contiennent en eux toute l’Angleterre, sa pluie, ses dimanches de désoeuvrement passés à jeter des cailloux sur les bagnoles dans un parking Tesco et les nuits blanches d’une jeunesse qui s’emmerde et t’emmerde.

Courtney Barnett J’ai fait la queue une fois, deux fois, trois fois, et puis j’ai rendu les armes : je n’ai pas vu Courtney Barnett à Brighton, mais je jure de l’avoir imaginée déambulant sur la plage, maudissant le vent de son timbre nonchalant et faisant des doigts aux éléments que même son rock de road trip australien n’amadouait pas. Les putes.