La Blogothèque

Wine And Noise, le pinard de la guerre

Il y a quelque part en France des résistants qui refusent de se mettre à genoux devant le diktat de la bière tiède et de la musique facile. Des esthètes engagés qui veulent abolir l’ukase de la Villageoise en cubi vendue à prix triple dans les concerts crasseux. Un combat que mène depuis un an Pier Labor sur l’excellent site Wine and Noise.

 L’idée du blog est simple et novatrice : associer un groupe et un domaine viticole, le temps d’une écoute et d’une dégustation. Une démarche issue d’un constat évident brandi depuis en étendard, à savoir que « le vin s’accorde avec l’oreille ». Les contours de cette association, Pier les a dessinés au gré de dégustations et pérégrinations dans les domaines lyonnais comme dans la scène DIY locale. « Quand on buvait des vins, je justifiais souvent mes goûts pour des cuvées strictes, tendues et  précises en disant que j’aimais la Noise et la manière dont on pouvait faire sonner une seule note sur un morceau de  dix minutes. Je comparais les vins qui en mettent plein les mirettes à des solos de Rock Prog, nous explique cet ancien étudiant en agro, lui-même membre de formations bruitistes. En discutant avec des vignerons bio du Beaujolais, je retrouvais la même énergie que chez les artistes du Grrrnd Zero (une salle lyonnaise NDLR). L’indépendance et l’amour des belles choses, aussi. »

SWANSDepuis deux “saisons” maintenant, Pier documente ses coups de coeur viticoles et musicaux, au travers de récits de confrontations entre les goûts et les harmonies dissonantes. Même si l’auteur revendique une mise en avant de « l’expérience sensorielle » , la démarche journalistique n’en reste pas moins rigoureuse. La visite des domaines triés sur le volets est systématique et la rencontre avec les groupes « chroniqués »  impérative. Accéder au Graal qu’ont à offrir les Swans et une bouteille de Clusel Roch réclament une immersion totale et absolue.  Mais derrière cette quête d’extase sont aussi soulevées les problématiques communes à la musique indépendante et la viticulture artisanale. En abordant « les modes de production, les chemins de traverses, les questions économiques », mais aussi « la place du public, des médias et du buzz dans le développement des domaines et des groupes », la trame de fond du blog tisse sans cesse des points de rencontres entre deux économies similaires. « Le DIY, les économies d’échelle, les contraintes de business, les réseaux, l’utopie, les méthodes, l’obsession, l’expérimentation, la place à l’innovation tout cela on le retrouve dans le rock et la viticulture » conclue Pier.

Affiche-soiréeLa semaine prochaine, en marge du festival des Nuits Sonores à Lyon, Wine And Noise passera de la théorie à la pratique en organisant ses deux premiers apéros-concerts avec le soutien de deux salles locales, L’Épicierie Moderne et le Périscope. Même principe que le site, une dégustation à la cool  en comité restreint avec des bouteilles sélectionnées par Pier et son pote “pro”, suivie de deux concerts par soir. Le 29 mai sera l’occasion d’approcher de près Earl Sweatshirt – le sale gosse du crew Odd Future – et d’explorer des domaines californiens un peu tordus. On y retrouvera aussi les punks crasseux de la Secte du Futur pour une sélection de pinards « garage mais pop » le 31 mai. Le concert de Monsieur Sweatshirt est d’ores et déjà complet mais on a une place par soir (dégustation + concert) à vous faire gagner ici et . Pour les moins chanceux, la réservation pour la soirée avec la Secte du Tur-fu et Brace ! Brace !  est toujours possible en écrivant à contact@wineandnoise.com. Dépêchez-vous , le nombre de places pour la dégustation est limité.