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Mercredix

Mercredix #96 : au Nord, du nouveau

Le Spot festival, c’était ce weekend dans la charmante ville d’Aarhus, au Danemark. Il y avait de bons (et moins bons) groupes danois, finlandais, suédois, et norvégiens. On en a ramené une playlist et le virus de la grippe.

Reptile Youth (Danemark)
On m’avait dit beaucoup de bien de ce groupe et de son chanteur Marsupilami (sosie de loin de Julien Doré). Ils avaient d’ailleurs ouvert le festival la veille pendant qu’on errait en van quelque part vers l’aéroport de Billund. Sur scène, Reptile Youth, c’est effectivement la fête du saut, mais c’est aussi la résurrection de The Rapture dans toute leur énergie et leur noirceur délirante. Une voix de diva puissante, une rythmique taillée au scalpel et un sens du spectacle assez bluffant pour retourner la masse de festivaliers réunis au Scandinavian Congress Center.

Emilie Nicolas (Norvège)
On a cru voir débarquer Selah Sue sur scène et on a eu très peur. Finalement, c’était Emilie Nicolas, qui, en plus d’avoir une voix fragile, sans manière ou tics agaçants, a su s’entourer de beats minimalistes plutôt que de soul de supermarché.

Kill J (Danemark)
Profitons-en avant que ce titre ne finisse en pub Apple : Kill J, c’est une chanteuse blonde platine et son associé derrière les platines. Il y a quelque chose d’irréel dans leur musique, un mélange de hip-hop remixé par Diplo époque M.I.A. et de voix de fantôme.

Iceage (Danemark)
On m’a forcé à aller voir Fossils, mais quitte à prendre un mur de guitare dans la gueule, je préfère largement Iceage et leur punk bien sale.

The Portuguese Man of War (Danemark)
J’ai eu la vague impression d’être un Bisounours sous acide dans un film de Kubrick en déambulant dans l’œuvre arc-en-ciel posée sur le toit du ARoS Art Museum d’Aarhus. Les perspectives changent dans un endroit pareil : on arrive à davantage ressentir le froid dans le bleu, le vert et le violet que dans le rouge, le jaune et le orange et on finit par ne plus pouvoir ou vouloir trouver la sortie pour se laisser avaler par la boucle infinie formée par l’électro planante de The Portuguese Man of War.

Sea Change (Norvège)
J’ai toujours aimé les soirs d’été orageux et moites où le moindre mouvement nécessite une réflexion de plus de huit heures et une volonté de fer. Ce laisser-aller, ce sentiment de corps lourd mais d’esprit léger, Sea Change l’a fait tenir dans une chanson de cinq minutes pour que même en avril, ce soit déjà l’été.

Chorus Grant (Danemark)
On dirait que c’est le printemps. Que les arbres sont en fleurs. Que tu es très amoureux de moi, et moi de toi. On irait courir dans les champs main dans la main alors que des lapins se tailleraient en vitesse en voyant arriver nos deux silhouettes hilares. On s’écroulerait sur le dos. Je me blottirais contre toi. Et on écouterait Chorus Grant.

Jaakko Eino Kalevi (Finlande)
Je ne suis pas certaine d’avoir bien compris ce que Jakko, ses longs cheveux blonds et sa carrure d’athlète finlandais ont essayé de faire sur scène au Voxhall mais je sais qu’il chantait comme Interpol et je déteste Interpol. Et puis j’ai réécouté et j’ai décidé de lui donner une seconde chance à Jaakko, ne serait-ce parce que ses claviers cheaps et sa ligne de basse pompée sur “Billie Jean” me font croire que ce jeune homme est capable de célébrer les eighties comme il se doit si on lui en laisse l’occasion.

Sleep Party People (Danemark)
Leurs masques de lapins auraient pu me rebuter. Ils m’ont en fait fasciné : la fièvre aidant, j’ai passé tout le concert de Sleep Party People captivée par le balancement de leurs oreilles, parfaitement en rythme avec les boucles psychédéliques interminables de leur musique, les guitares saturées, ce chant hypnotique comme marmonnant des incantations secrètes. Il y avait une ambiance de fin du monde pendant ce concert – une apocalypse vaudou et malsaine qui ne finit jamais et où, au lieu de mourir bouffée par des zombies, la planète entière crèverait d’une overdose de LSD coupé au PVC.

Broken Twin (Danemark)
Le vide. La peur du vide. L’impression de tomber. Quand je fais ce rêve, il n’y a pas de sol, pas de plafond ni de murs. Il y a le vide sous, au-dessus et autour de moi. C’est à peu près la même impression qui m’a frappée quand j’ai vu Broken Twin et sa folk écorchée. Quelques notes de piano, des riffs lointains et un timbre qui réussit à réunir le sentiment de l’espoir brisé et de la tentative de survie.