La Blogothèque

And We Made The Room Shine : Carla Bozulich

Je me souviens avoir vu Carla Bozulich en concert, il y a une poignée d’années, alors qu’elle venait de lancer son projet Evangelista, incantatoire, désespéré et hanté.

La voir sur scène, et surtout descendre dans la foule, se laisser tomber de bras en bras telle une icône inconsolable m’avait marqué comme rarement, transformant l’espace public du concert en alcôve peuplée d’inconnus bienveillants. Elle avait un regard transperçant comme celui d’un enfant, plein d’innocence et de l’assurance d’avoir tout compris une fois qu’elle l’avait plongé dans le tien.

C’est le même regard que j’ai recroisé plus tard à Vienne, juste avant qu’elle reparte en avion, juste avant que nous ne puissions plus la filmer. Débarquée du taxi avec Jhno, nous avions à peine eu le temps du bonjour, nous devions en découdre, enregistrer l’histoire de fille devenue trop vite grande de « Outside Of Town ». Violon et voix se dispersèrent dans l’imposante coursive de ce qui fut autrefois un bordel, l’histoire du lieu toisant le texte de Carla.

Lors du montage du projet Constellation à Vienne, nous avions  longtemps débattu avec Thomas de la place que nous pouvions réserver à cette performance émouvante et belle, interrompue par un voisin peu amène qui ne comprenait pas la mélopée du début d’après-midi. Cet incident qui achève le film ne cadrait pas avec la tonalité empathique du film avec la ville, mais nous devions porter au monde cet échange si fort que nous avions eu, n’en déplaise aux grincheux. Voici donc « Outside Of Town », appendice nécessaire à And We Made The Room Shine.