La Blogothèque
Concerts à emporter

San Fermin

Ellis Ludwig-Leone a tout écrit, tout arrangé, a imaginé et monté San Fermin. Pourtant quand le groupe arrive à nous – huit personnes – impossible de savoir qui il est. Il reste en arrière, légèrement courbé, silencieux, et sera au final la dernière personne à qui nous serons présenté. Rares, ces groupes dont le leader n’est pas le chanteur. Ce sont encore plus des groupes : lorsque nous installons dans la salle arrière des Petits Oignons, cela fourmille de partout, chaque individualité est forte. Ellis est un chef d’orchestre précis et respecté, même s’il est sans doute celui qui fait le moins de bruit.

Voir San Fermin se préparer pour un Concert à emporter, c’est voir un échalas aux mains gigantesques jouer avec une maison de poupée. On se demande comment tout va rentrer, comment ces arrangements ambitieux vont tenir sur notre maigre fil. Nous n’aurons pas besoin de nous poser la question longtemps, un rustre va nous pousser à l’urgence.

Nous devions donc jouer dans l’arrière-salle de ce restaurant, jusqu’à une certaine heure. Mais 20 minutes avant l’heure dite, le patron a décidé que ce n’était plus possible, a hurlé, nous a menacé, presque violent. Le groupe a du sortir tout son équipement dans la rue, et jouer là, sur le trottoir d’en face, avec un piano jouet à la place du clavier prévu.

On n’irait pas jusqu’à remercier le rustre. Mais cette mésaventure a donné à l’interprétation de San Fermin une force qu’elle n’aurait sans doute pas eu dans le restaurant. Nous étions galvanisés par la violence, par le peu de temps qu’il nous restait. Une aventure collective, courte et intense, sur le bout d’un trottoir parisien.