La Blogothèque
Concerts à emporter

Broken Bells

C’est une boutique qui n’a pas été rachetée, remplacée. Une boutique qui a résisté aux mouvements alentours et s’est du coup figée, comme une chambre où plus personne ne dort depuis longtemps. L’enseigne est d’un autre temps, les affiches sur les murs n’ont pas bougé depuis 15 ans, la grande salle au plafond bas et ses pianos épars sont éclairés par des néons indifférents.

On dirait que cette salle n’est d’ailleurs qu’un vestige, un prétexte, l’antichambre vers les salles de répétition à l’étage du dessous. Beaucoup de gens passeront pendant le tournage, mais seulement pour aller prendre l’étroit escalier qui mène vers le sous-sol. Quelques uns iront dire bonjour à M. Schillio, dans son petit bureau du fond.

 

Ils ne prêteront guère attention au grand gaillard aux cheveux bouclés qui se penche sur les pianos. Danger Mouse ne parle presque pas, laissant à James Mercer le soin de communiquer avec nous, et d’écouter le vieux propriétaire, sorti quelques minutes, le temps de nous raconter l’histoire de sa boutique, de nous décrire chaque piano, d’essayer d’influer sur le choix de l’instrument sur lequel Danger Mouse jouera.

 

Au sous-sol, on entendait des sopranos débutantes vocaliser. Nous craignions qu’elles ne parasitent les chansons, convaincus que la voix de James Mercer ne les couvrirait pas. La mélancolie douce-amère de ses compositions nous avait induits en erreur. James chantait fort, sa voix occupait la pièce, compensant par son ampleur l’absence de la production propre aux Broken Bells. Et si besoin était, ils nous prouvèrent en une petite heure que le travail de Danger Mouse sur le son du groupe n’est pas là pour palier une absence de chansons. Dépouillées, elles sont là, elles sont fortes.