La Blogothèque

Boys Age

« Sons of Yo La Tengo » : l’exergue de la page Bandcamp de Boys Age n’est pas modeste, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais elle est loin d’être usurpée. Avec à sa tête un crooner lo-fi d’une classe folle, le groupe dessine disque après disque (ou plutôt cassette après cassette) un paysage à part, entièrement composé d’éléments familiers.

La marque du trio d’Hoboken est omniprésente dans les chansons de Boys Age. Outre un EP hommage plutôt enlevé, on les entend creuser au gré de compositions plus légères un sillon que l’on imagine partir de « Nowhere Near » et aller jusqu’à « Well You Better » en passant par « Pablo and Andrea » et « One PM Again ». Il n’y a qu’à écouter « A Day of Soft and Wet » pour s’en faire une idée.

A Day od Soft And Wet

Boys Age manie à merveille la batterie locomotive qui avance coûte que coûte, tire avec elle les morceaux à travers la nuit et permet à la guitare libérée de toute contrainte de glisser en douces notes endormies. Les motifs sont approximatifs, à la limite de la dissonance, mais ne lâchent jamais l’intention pop sixties, celle des arpèges lentement égrainées et des plans en Ré, Si mineur, Sol, La.

Grotesque (Dear Mutual Surveillance Society)

Cette année, Boys Age a déjà publié l’impeccable Fake Gold qu’ils vendent en format CDr sur leur page Bandcamp. On peut également le trouver en cassette chez Burger Records et Gnar Tapes, un choix de labels qui n’est pas anodin puisqu’ils font partie des lieux où, au-delà de la hype qui les entourent, se rassemble une bande improbable d’artistes nichés à la frontière un peu floue qui sépare les branleurs finis, les déconneurs qui ne prennent rien au sérieux et les romantiques sincères, amoureux du premier degré, qui réinvestissent les formats de la musique populaire sans arrogance ni nostalgie.

Aujourd’hui Boys Age s’apprête à sortir un nouvel album, The Tale of Roan Horses, plus beau encore. Légèrement ralenti et distordu, il a été conçu pour plonger ses auditeurs dans « le microcosme d’un rêve incertain », explique Kaznary Mutow, son leader. Parmi ses tubes (n’ayons pas peur des mots), on trouve « Dreaming in dreams » qui rassemble à lui seul tout ce que le groupe fait de mieux. La voix sourde est chaloupée, la guitare jazzy, les breaks hyper sexys. Le tout est épicé d’une sorte de melodica lointain complètement improbable. En quelques notes, nous voilà transportés au mariage d’un cousin qu’on connaît à peine, pour lequel joue un groupe mal sonorisé, qui enchaîne vaille que vaille ses plus belles chansons d’amour, se foutant complètement de ce qui se passe dans la salle. Irrésistible.

On espère que le groupe trouvera un label pour sortir ce disque en CD ou en vinyle, quelque soit le tirage. Il le mérite amplement.