La Blogothèque
Concerts à emporter

Sigur Rós – Hrafntinna

Une carrière gigantesque sous Paris. Des caves immenses, vides de tout : c’est le lieu que nous avons occupé avec Sigur Rós pour qu’ils jouent leur morceau “Hrafntinnaa”, pour le quatrième épisode de notre série Empty Space, réalisée avec le soutien de Converse.

Nous nous souvenions du tournage du Concert à emporter de Sigur Rós. C’était quatre ans auparavant, la journée avait été éprouvante, mais le résultat si fort qu’il avait gommé tout souvenir de la peine pour nous garder amoureux du résultat : de l’intensité de la chanson, de la puissance du son pourtant dénudé, de la virtuosité de la caméra de Moon alors au sommet de son art. Je ne me souvenais même plus de cette phrase que leur manager avait alors sortie : “Ce que Sigur Rós fait pour vous aujourd’hui, Sigur Rós ne le fait jamais”.

Jonsi, lui, s’en souvenait, de cette journée. Il ne se souvenait d’ailleurs que d’elle : il n’avait jamais regardé le film, par peur de s’y voir, d’entendre cette chanson que nous l’avions forcé à désosser, me confia-t-il avant de s’engouffrer dans les carrières en cette chaude journée de fin juillet. Cette fois, il était bien plus confiant : tout était là. Tout : onze musiciens, des cordes, des cuivres, une batterie complète, quatre rangées de cymbales bricolées. Et puis, des amplis, des caisses entières de matos, deux consoles sons, des roadies imposants, des malles de costumes, autant de choses que nous avons transportées dans des couloirs interminables et souterrains, à peine assez larges pour que nos vans y roulent.

Il fallait ça, pour que Sigur Rós se sente à l’aise, même dans une carrière enfouie sous la banlieue parisienne, éclairé par quelques chiches ampoules suspendues au plafond. Sigur Rós à l’aise, c’est un groupe à qui nous laissons la possibilité d’occuper tout l’espace, de pousser le son comme s’il pouvait, devait emplir jusqu’au moindre recoin. Tout était millimétré, organisé presque militairement, si bien que les trois membres du groupe n’ont pas eu à toucher un instrument avant de se lancer. Dès la première note, tout était parfait, enveloppant, capiteux, scénarisé jusqu’à l’impressionnant silence de la fin du morceau qui nous laissait, à chaque prise, pantois. A la fin de l’après-midi, Jonsi vint vers moi, confiant, satisfait : “c’était bien mieux que l’autre fois”. Ces garçons là ont rodé leur machine de guerre, aiment qu’on suive le chemin qu’ils ont tracé.