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Midi Festival, noces de coton

On revient toujours au Midi Festival. Pour sa petite taille, pour sa programmation, sa plage, sa villa ou ses gentils organisateurs. Les raisons ne manquent pas et c’est inutile de vous justifier, tout le monde le comprendra : le retour est inéluctable.
Toutes les personnes croisées ce dernier weekend de juillet et qui étaient présentes pour la première fois nous ont dit la même chose “je vais devoir revenir l’année prochaine”.
On a connu pire devoir de vacances que celui de venir au Midi Festival vous me direz. De son trajet (voir les paysages changer, annonçant l’air salvateur de Noailles) à ses nuisances sonores (vagues, cigales et mistral) tout y est si doux.
Jaloux qui n’avez pas pu venir ou nostalgiques du festival, lancez donc cette bande son pour une immersion totale.

L'Hippodrome

Il est 19h. L’heure de retrouver la moiteur de l’hippodrome pour la première soirée du festival. Le soleil descend déjà derrière les grands pins, on plisse un peu moins les yeux pour découvrir un public encore clairsemé et Appeltop, les seuls locaux de l’édition sont les premiers à entrer en scène. Le trio donnera le ton du début de soirée : 90′s à l’honneur, sobre et efficace et ce ne sont surement pas les londoniens de SPLASHH qui jouent juste après qui viendront briser cet élan, avec un son un peu plus éthéré dans les pédales.

21h30. On guette Peter Hook, surement le plus attendu (au tournant) en ce début de festival. On oscille entre excitation et crainte du massacre. On croit un peu plus au massacre de la part de celui qui rêve de voir “Blue Monday” remixé par David Guetta. Le doute sera malheureusement vite levé et le malaise assez pesant. A chaque début des morceaux que l’on aime tant on est tentés de croire que l’affaire va fonctionner mais Hook “Le Poing Levé”(comme nous l’appellerons désormais) et son groupe dérapent rapidement dans une réinterprétation trop musclée digne d’un cover band du 14 juillet. Hook surjoue la plupart du temps et alourdit de ses guitares et de ses postures les plus beaux morceaux de Joy Division.

Pour retrouver enfin un peu plus de subtilité (en dignes héritiers de Curtis) et d’élégance il faudra compter sur The Horrors. Les Anglais sauvent la fin de soirée avec puissance mais finesse. On leur accorde la palme du bassiste avec le déhanché le plus classe de l’année et, oh! surprise, on est même pressés d’entendre leurs nappes de synthés sur leur nouvel album qui sort à la rentrée.

C’est le deuxième jour, on est peu rouges de soleil et ceux qui ont dansé dans l’eau jusqu’au petit matin sont facilement identifiables à leurs traits tirés. L’excitation est là, plus qu’au premier soir, il y a des attentes, des espoirs et des retrouvailles.

Le Midi Festival est l’un des rares à le faire avec conviction : il suit ses poulains avec fidélité. Pas étonnant donc de trouver Los Porcos à l’affiche de cette édition 2013. 3 ans après le premier concert français de WU LYF au Midi, trois des anciens membres reviennent avec de nouveaux copains et un nouveau projet. L’équipée joyeuse pourrait être la fanfare officielle du festival tant son look Riviera et ses airs de Croisière s’amuse collent à l’esprit du lieu. Musicalement ça n’a bien sur plus rien à voir avec WU LYF, fini les orgues, place à la légèreté, la nonchalance, les danses cocasses et les colliers de fleurs. C’est le troisième concert que donne le groupe, étonnement en place donc, et leurs premiers morceaux rappellent déjà les meilleurs heures d’Ariel Pink (la jupe en moins). Prise de risque payante pour le festival, on parie déjà qu’on reverra Los Porcos en France d’ici la fin de l’année puisqu’un 12″ sortira le 15 septembre chez Caledonia Records.

Autres retrouvailles : deux ans après sa première escale hyéroise Archie Marshall (aka King Krule) est presque devenu grand (19 ans) et n’a rien perdu de son charisme et de son talent. La fascination est toujours la même mais on aimerait bien le voir remiser son groupe qui manque un brin de caractère et retrouver le Archie solo et percutant de l’époque Zoo Kid. On doit aussi à King Krule de sauver le concert de Mount Kimbie (un rien soporifique) avec le featuring du fameux “You Took Your Time” pour la première fois sur scène en duo.

Mykki Blanco

Pour le quota féminin du festival il faudra compter sur Aluna George dont on se serait finalement bien passé, on l’avoue. Un concert lisse, une voix irritante (pensez à Britney Spears en 1998 ou à un gros rhume) et des minauderies dignes d’une ado de 16 ans (qu’Aluna est bien loin d’avoir). On préférera largement la femme qui est en Mykki Blanco (en porte-jarretelles seulement pour l’occasion). Hip Hop théâtral et bondissant qui parviendra sans peine à faire bouger les foules. Blanco ne s’économise jamais, sautillant d’un bout à l’autre de la scène pendant tout le set, et c’est aussi un peu pour ça qu’on lui pardonnera d’être un chouilla lancinant en bout de course.

Villa Noailles
Dimanche est trop vite arrivé. Toujours plus fatigués, plus émotifs, plus excités et aussi, déjà, trop nostalgiques. On escalade encore une fois la montagne sous un soleil de plomb jusqu’à la radieuse Villa Noailles pour une derniere soirée en petit comité.
Tom Mc Lung, bassiste de Los Porcos et ex bassiste de WU LYF monte sur scène pour le premier concert français (encore une première) de son projet solo : Francis Lung. L’ambiance est bien différente, ici la croisière ne s’amuse plus, elle est plus sensible, plus touchante, à fleur de peau : Francis Lung est le crooner des cœurs brisés. Un rôle pas évident à tenir alors que le public de début de soirée est timide et à bonne distance de la scène. Mc Lung saura mieux gérer la difficulté que son compatriote Jed Naeyf la veille en descendant tout simplement de son estrade. Malin et talentueux, on parie aussi donc sur Francis Lung qui reviendra, normalement, en France d’ici la fin de l’année.

Quand il s’agit de Christopher Owens, on ne peut pas juste parler de retrouvailles, c’est une histoire d’amour. Il l’a dit lui même en montant sur scène, il est surement le seul à pouvoir se vanter d’être venu quatre fois au Midi Festival. Aujourd’hui Girls n’existe plus, mais son album solo, lui, existe notamment grâce au Midi Festival qui lui a offert une rencontre inspirante (Lysandre) il y a quelques années. Owens est seul sur scène avec sa guitare et ses fleurs, on apprécie de l’entendre sans fioritures et son backing band qui plombait ses nouvelles compositions sur sa tournée (mais avec les cigales qui le feront même marquer une pause tant elles sont bruyantes). Ajoutez à cela l’honneur de vieux morceaux de Girls (qui nous manque tellement) et le bonheur est total.

Le suivant à monter sur scène est Only Real, on en avait déjà un peu parlé ici il y a plusieurs mois. On ne doute pas qu’avec lui aussi il y aura des retrouvailles car c’est là encore un jeune pousse qui confirme majestueusement son talent en donnant un des concerts qui a le plus enthousiasmé le public pendant le festival. Dans le club des sales gosses, on l’imagine bien faire équipe avec King Krule dans le rôle de l’espiègle. Parfaitement à l’aise, il enchaine ses brillants “Cadillac Girl” et autre “Backseat Kissers”, entre rap et lo-fi. Niall Gavin fait aussi danser. On en sort tellement enthousiasmés qu’on en ratera Swim Deep et sa reprise de Cyndie Lauper, entre autres. On aurait même pu en rester là, comblés que nous étions, même si Temples qui clôturait la soirée et le festival était loin de faire honte à l’Angleterre et à ce fameux revival psyche de l’année.

Quand il est l’heure de faire les comptes sur le quai de la gare : on se souvient de peu de déceptions et de beaucoup de promesses tenues. On risque de devoir faire avec l’impatience et l’envie tenace de revoir très vite certains des groupes de cette édition. Le Midi Festival fêtera l’an prochain ses 10 ans et c’est la preuve qu’un festival peut encore défricher avec passion et sans (trop de) concessions. On DEVRA revenir en 2014, c’est vraiment affreux.

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