La Blogothèque
Concerts à emporter

Paul Thomas Saunders

Ils n’avaient plus de piles. Il nous manquait un adaptateur. Sept mois que j’attendais ce Concert à Emporter et il nous manquait des foutues piles et un foutu adaptateur. La technologie avait décidé de nous mettre des bâtons dans les roues, nous étions prêts à nous battre. J’ai couru au supermarché d’à côté, j’ai trouvé des piles, je suis revenue. Il en manquait encore deux autres. J’y suis retournée, j’ai rapporté deux autres piles, mais le petit synthé de Kate s’entêtait à ne pas vouloir fonctionner. Technologie : 1 ; nous : 0. Pendant ce temps-là, Hugo, Chryde, Anousonne et Jeremy se battaient sur le front Est pour contourner notre problème d’adaptateur inexistant. Il testaient les micros, fouillaient les sacs, branchaient un câble, le débranchaient, le rebranchaient, mais ne semblaient pas trouver de solution satisfaisante à leur problème. L’heure tournait, on s’agitait, on stressait et la Technologie, cette pimbêche, allait marquer son deuxième coup en moins de vingt minute. Mais c’est alors que Paul Thomas a ouvert la bouche.

Imperturbable jusqu’alors, d’une timidité touchante, le jeune garçon au corps frêle venait de sortir l’un des sons les plus écrasants et pourtant les plus souples que j’ai entendus de ma vie. On devait l’entendre chanter bien au-delà du IIIe arrondissement, et il aurait bien pufaire s’écrouler les murs déjà bien écorchés de ce qui restait des Bains Douches, quelques semaines avant leur destruction totale. La Technologie venait de perdre tous ses points d’avance et même de se faire battre par KO par la voix d’un type de 22 ans.

Car peu importe les piles et les adaptateurs manquants, Paul Thomas a chanté fort, très fort, au milieu des ruines d’un établissement bien plus vieux que lui. Il a occupé ses pièces vides de sa grandeur vocale, ébranlé des pierres déjà attaquées de toutes parts par la petite mort d’un club qui a vu son sol mythique foulé par des idoles qu’il ne connaîtra jamais. Il a observé les tags, les œuvres de street art disséminées ça et là dans ce lieu saint d’un autre temps. Il les a défiées de ses quelques notes de guitare et de son timbre ample, perçant, plaintif et pourtant si rassurant. Il a recrée ici à son “Appointment in Samara”, celui qui nous avait tant fait trembler la première fois qu’on l’a écouté. Il a aussi donné vie à un nouveau titre, “Howl & Kill”, qui nous a presque plus touchés encore. Il régnait un froid polaire ce jour là dans les couloirs dénudés des Bains Douches, mais on l’a vite oublié. Les murs, eux, se rappelleront longtemps de sa voix.