La Blogothèque
Concerts à emporter

Mermonte

C’était le 20 décembre 2012, la veille de la fin du monde. Au lieu de passer ces derniers instants avec nos familles, nous sommes partis avec Hugo en Bretagne passer ce dernier jour avec Mermonte, groupe Rennais flamboyant. Comme à l’époque d’or où Vincent Moon passait des journées entières avec les groupes, cette fois-ci nous avons pu prendre le temps de saisir les instants de vie anecdotique de l’orchestre pop. Voici le récit de cette journée.

A six heures du matin, je suis dans le métro parisien avec mes deux valises de vingt kilos. C’est quatre heures plus tard que nous retrouvons la dizaine de membres de Mermonte et que nous nous dirigeons en direction de Saint Malo. Normalement, nous avions prévu de réaliser ce film plus tôt, à Paris, alors qu’ils jouaient avec Efterklang mais ces dates furent annulées : Mermonte est nombreux, prend de la place. C’est donc dans cette maison de famille centenaire, ayant vu grandir mon arrière-grand-mère, que nous débarquons. J’avais depuis longtemps fantasmé de kidnapper un groupe de la Route du Rock un été pour le faire jouer ici. Tant pis pour eux. C’est Mermonte qui en profitera.

En théorie, nous pensions tourner dans les recoins poussiéreux de la demeure, mais la météo fût clémente. Le groupe prit possession du lieu. On ouvrit en grand les fenêtres et Ghislain, tête pensante du projet, s’installa sur la terrasse qui donne sur l’eau verte du Havre de Rothéneuf, situé sur la bien nommée Côte d’Émeraude.

Alors que nous préparions la session, la troupe se chauffe, fait du bruit en découvrant les amplis, jouant du metal ou du folk selon l’ambiance. Voilà aussi un des tours de force de Ghislain: réunir autant de talents, puisant dans les groupes de potes voisins d’horizons différents pour servir les arrangements orchestraux et précis de sa musique lumineuse…

Sur cette terrasse, tous les regards portent vers Ghislain qui lance “We’re On The Same Way”. Les vagues qui effleurent le rivage se font plus discrètes, les voix se soulèvent dans un souffle de pesanteur… on écoute et on fait silence. Chaque musicien joue de ses mandibules précises pour ériger un bloc de notes étincelantes. Tous savent ce qu’ils doivent faire, les sourires complices apparaissent.

Plus tard, après un déjeuner typique breton, l’atmosphère est détendue malgré la pluie. Au chaud dans le vieux salon qui n’a jamais témoigné d’un concert comme celui-ci, nous profitons d’un moment de répit. Le crépuscule chasse l’averse et nous descendons sur
la plage. L’eau s’est retirée, la vie a disparu et dans ces derniers instants de vie terrestre Mermonte s’installe au milieu du havre, entouré des navires échoués, aux derniers rayons de soleils avant le solstice d’hiver fatal.

Le temps presse et dans une brise violente, Mathieu marque le tempo de “Monte”, tenant un œuf dans sa main glacée. Décidé, le groupe entier chante en chœur avant que le sol ne s’affaisse et s’écroule… mais la fin du monde n’aura pas eu lieu. Et j’aime penser que c’est grâce à Mermonte, qui a joué dans ce décor abandonné, qu’on le doit.