La Blogothèque
Concerts à emporter

Indians

Il est arrivé au pire moment. En plein milieu de la préparation de la Soirée de Poche de Jon Spencer, juste après que je me sois fait engueuler par le vieux rocker. Je suis allé le chercher dans la rue, je l’ai fait monter dans l’appartement où couraient en tous sens les ingés sons, les régisseurs, les cadreurs. Il est resté dans la cuisine, debout. J’imaginais la terreur, la confusion, qui devaient s’être emparées de lui. Il était Danois, calme, timide, il était venu seul, en taxi, avec l’adresse du rendez-vous sur un bout de papier. Il était plus grand que tout le monde, il était le seul à ne pas bouger. Une quille dans un jeu de chiens.

C’est l’histoire de Søren. Il ne sait pas encore trop pourquoi il est là, comme il ne semble pas réaliser ce qui lui arrive de manière générale, qu’il a été signé sur un label important (4AD) après que deux démos soient sorties sur un blog, qu’il parcourt le monde, qu’il va donner des concerts, qu’il va se retrouver à Paris à chanter ses chansons dans la rue. Il ne le réalise pas mais l’accepte avec calme, il se laisse porter par le courant d’air. Et Dieu sait que ses mélodies planent bien. Virevoltantes, légères, elles ont su occuper l’espace d’un atelier gigantesque sans alourdir l’atmosphère.

On aimerait revoir Søren aujourd’hui, lui demander dans quel état il était ce jour là. Parce qu’il n’a presque rien dit. Il a joué. Ce qu’il faisait, désormais.