La Blogothèque

Et sombrer avec Serafina…

Il ne faut que quelques notes de sa harpe pour être aussitôt emporté bien loin dans le temps et se prendre, l’espace d’un instant, pour un passager du vent. Le nouvel album de Serafina Steer commence par une chanson magnifique, sûrement écrite au milieu d’un océan il y a quelques centaines d’années…

Prendre de la hauteur, quelques centaines de mètres au dessus des flots et regarder en direction de la côte. Le vert des prairies vallonnées brutalement interrompu, les falaises majestueuses et la bande blanche qu’elles forment à perte de vue, et le bleu sombre de la mer, les mers ici étendues limitées avant devenir des océans et sources de toutes légendes. C’est la Grande-Bretagne, celle des mythes et de l’histoire. Les bateaux que l’on aperçoit longeant les côtes pourraient être ceux de Saint Colomba quittant l’île d’Iona pour christianiser l’Écosse au VIème siècle, ceux de Guillaume fondant sur l’Angleterre en 1066 ou ceux des vaisseaux en partance vers le Nouveau Monde quelques siècles plus tard, pour quelques aventures glorieuses ou naufrages oubliés.

Still we will not stand ashore. We should dive in, I should dive in. Not spend my only nights trying to keep calm. Far below deep water’s rising, rising.

Perdre de l’altitude, s’approcher des hommes et des détails. Apercevoir la narratrice, sur la dunette d’un des navires, embrasser le capitaine en pensant à son second, l’esprit embrumé par la passion et le sentiment obsédant du drame à venir. La mutinerie imminente et le bouleversement d’un monde clos.

They left me here with a ship to sink. Queen of a wide open sea.

Reine ou sirène, jouant de son instrument, la harpe, pour séduire les hommes d’équipage et les auditeurs qui se prennent pour eux le temps d’un morceau. Mousse, gabier ou commandant, quel que soit le rang fantasmé, l’envie de cette musique quand le navire sombrera, car il faut mourir en beauté. Et cette nuit avant la mutinerie est la plus belle de toutes…

Serafina Steer – Night Before Mutiny

Visuel SERAFINA STEER - The Moths Are Real

Les autres chansons de l’album : d’autres univers, d’autres réalités plus contemporaines, d’autres émotions (la voix de Jarvis Cocker soudainement, l’énorme “Disco Compilation”). Et d’autres saisissements…

Serafina Steer The Moths Are Real (Stolen Recording Ltd), déjà disponible.