Il y a cette pochette incroyable qui catalogue, clôt d’un carré blanc, toute une période. Il y a les trucages cheap, le mélange éhonté des techniques vidéos, comme un discret hommage au clip de “China Girl”. Il y a toutes ces choses qui disent que pour la première fois depuis bien longtemps, Bowie ne va pas de l’avant, en balayant tout le passé d’un geste, mais prend enfin le temps de regarder en arrière, comme pour bien clore quelque chose.
Mais le plus important n’est pas là. Dans le clip de “Where are we now”, la beauté réside surtout dans ce plan étrange, à 3’30. Ce plan dans lequel Bowie est vieux. Il est là, contre un mur, il ne fait pas attention à ce qu’il porte, à comment il se tient. Il n’est pas vieux beau, il n’est pas grabataire, ni survivant ni à l’article de la mort. Juste vieux. Un peu perdu, un peu fragile, dans une zone grise, avec une tristesse floue qui voile son regard. C’est toujours bien lui, David Bowie, mais un David Bowie qui a dit adieu à l’assurance, la subtile morgue qu’il aimait afficher. Son visage est un peu trop relâché, ses yeux vagabonds ne regardent rien mais s’accrochent à ce rien comme si c’était tout ce qui importait.
Sa voix est pareille à ce plan. Elle est chancelante mais digne. C’est elle, c’est bien elle, ce ne pourrait en être une autre. Elle vibre un peu différemment, elle chevrote un brin quand il faut tenir la note, elle pourrait presque défaillir en entrée de couplet. Elle fait penser parfois à ce que s’amuse à surjouer Kurt Wagner sur les derniers enregistrements de Lambchop.
Elle fait surtout penser à Jimmy Scott, à Billie Holiday sur la fin, à tous ces déclins lents, à ces voix qui ne pouvaient ne pas chanter, même si cela impliquait le risque de la chute.C’est un chant humain, si humain, si fort. C’est le chant de quelqu’un qui préfère chanter vieux que de se taire.





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