La Blogothèque

Two Gallants

J’ai souvent rêvé de vivre dans une chanson de Two Gallants. Et d’y mourir façon cowboy, à me faire latter le bidon à coup de santiags, mort-saoul dans le fond du saloon. Entre le crachoir et le piano, précisément. Alors quand ils étaient de passage à Paris il y a deux mois, j’ai décidé de “vivre le rêve”, comme on dit chez l’oncle Sam, le temps d’une session.

On rejoint Two Gallants à la boutique Fargo, le groupe devait y donner un showcase pour la sortie de The Bloom And The Blight le lendemain. Le débat porte très vite sur le fait de jouer branché ou non. Je pense aux mini-amps dans le sac qui ne demandent qu’à êtres sortis avec, en tête, le souvenir d’un concert dans le rouge six ans plus tôt. Et puis il y a ce dernier album qui cogne fort, très fort. Mais les gars décident d’en prendre le contre-pieds, ca sera acoustique. Les quinze heures de vol et le jet-lag qui va avec ont peut-être pesé dans la balance.

Dans l’idéal, on aurait aimé les faire jouer sur un perron moisi sur les bords du Mississipi, soixante-dix ans plus tôt. Mais voilà, nous sommes en octobre deux mille douze, dans le onzième, et il faut faire avec ce qu’on a. Comme ce concierge mécontent qui nous vire pendant les repérages parce que tu comprends,  “On a une tranquillité à préserver, nous, Monsieur “.

Notre errance prend fin dans une ruelle derrière leur piaule. Autour de nous ça bosse encore dur. Entourés d’ateliers où l’on repasse, coud et plie avec ardeur et labeur, personne ne prête attention à nous. Comme si nous n’existions pas. Ca tombe bien, la musique de Two Gallants a toujours eu cette dimension spectrale, détachée du présent.

Et puis ce perron rêvé finit par se dessiner, quand le duo entame Crow Jane sur les marches d’un atelier. Ca sent la fin d’une dure journée passée à trimer. Les mouvements des travailleurs se font las, ils donnent le rythme et Adam s’aligne. Trainant ses casseroles faulknériennes, il maudit une dernière fois cette catin qui lui a brisé le coeur et Tyson, lui, compatit en harmonie. Derrière nous, les fers crachent leur vapeur en râles languissant. Je ferme les yeux et j’entends le train siffler. Le bruit du progrès qui a relié les états, apportant son lot de malheur et de désolation.

The Bloom And The Blight est disponible chez Fargo Records, et c’est plutôt la classe.

Et sinon le groupe était en concert hier, et soyez rassurés, ils jouent toujours aussi fort.