La Blogothèque

Hôtel particulier

Six albums, déjà, et si peu de bruit. C’est qu’Adrian Crowley justement n’a pas pour habitude d’en faire beaucoup, ni au sens propre ni au sens figuré. En ces temps humides et moroses, pourtant sa musique pourrait vous être essentielle.

La discrétion, voilà ce qui caractérise Adrian Crowley et sa musique. Et l’élégance. Une tradition que l’on connaît bien ici, qui associe le grattement léger de la guitare et quelques cordes envoutantes, parfois un piano. Les coups méthodiques sur une batterie qui laisse assez d’espace pour faire apprécier la solitude. Et cette voix, qui emporte tout comme le vent fait tomber les feuilles en novembre, contre-point parfait des violons et du violoncelle.

Sur I see Three Birds Flying, son dernier album donc, Adrian affine encore un peu son art. Au gré d’une production parfaitement ciselée, et d’arrangements tout en retenue, il semble plus proche que jamais. Et s’il paraît assumer sans effort ni fausse modestie sa proximité avec Bill Callahan sur « The Saddest Song », il fait aussi preuve de fragilité sur « The Mock Wedding »,

« How long I’ve been here, I cannot tell, but I’ve bee going from room to room and it suits me well. I’ve been spending the winters building a house of shells. »

Les disques d’Adrian sont comme des hôtels dans des villes excentrées, de grandes maisons de fin d’automne, où le temps se dilate et les esprits se prennent à flotter librement. Les chansons y sont des chambres que l’on habite en alternance, suffisamment différentes pour que l’on souhaite y revenir, suffisamment familières pour que l’on y trouve l’abri nécessaire à notre convalescence, quelques en soient les raisons.

Adrian Crowley est en concert vendredi 30 novembre au 114 (rue Oberkampf, Paris).