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Dirty Projectors, live at Gaîté Lyrique

C’était un concert intense, mais qui ne permit pas de répondre correctement à LA question : “c’est quoi les Dirty Projectors ?” Est-ce Dave ? Est-ce Amber ? Dave et Amber ? Dave plus Amber ? Le dernier album semblait vouloir dire “Dave d’abord”. Ce concert montra que ce n’était pas si simple.

La réussite d’un live peut tenir à peu de choses. A un morceau par exemple. Juste un morceau qui embarquera tout le monde, de gré ou de force, et convaincra même les plus réticents de se laisser emporter. C’était plus que palpable, ce soir-là à la Gaîté Lyrique, à un tiers du concert des Dirty Projectors : quand Amber et les deux autres choristes ont pris la main et ont entamé “Beautiful Mother”, rien ne laissait pressentir cette espèce de chose qu’elles feraient avec leurs trois voix sur le refrain (c’est à 15’30).

On ne sait pas si cela a un nom, mais ça n’en a pas même besoin, tant cela existe, cet accord soudain, inattendu entre trois voix lancées à toute vitesse, qui en se mêlant donnent naissance à quelque chose d’autre, quelque chose en plus. Un peu comme lorsque le blanc surgit après qu’on a fait tourner vivement une roue multicolore. A chaque occurrence, on sentait l’excitation d’un public médusé et fasciné. A chaque pause suivant la prouesse, ce public hurlait plus fort. Et tous les morceaux suivants eurent un peu de piquant en plus, une touche d’intensité supplémentaire. Chaque chanson lancée dans la fosse y résonnait plus fortement.

Ce fut fort, donc. Mais cela ne permit pas de répondre correctement à LA question : “c’est quoi les Dirty Projectors ?”. L’oeuvre d’un iconoclaste, d’un artiste véritable, juste assez timbré pour sortir une sève musicale à nulle autre pareille ? Ou un ensemble qui tire sa force d’un assemblage hardi, presque impudent de talents hétéroclites, de voix contraires ? Est-ce Dave ? Est-ce Amber ? Dave et Amber ? Dave plus Amber ? Le dernier album semblait vouloir dire “Dave d’abord”. Ce concert montra que ce n’était pas si simple.

Et c’est tant mieux. Car les Dirty Projectors font partie de ces groupes que l’on n’aime pas voir s’assagir. Ils n’en sont parfois pas loin. Il leur reste heureusement de la fougue, de l’intranquilité, une délicieuse impunité. Et des voix de filles qui ne laissent pas le garçon tranquille.