La Blogothèque

King Dude

Américain. Luciférien. Filmer King Dude, c’est se retrouver projeté dans un chapitre sombre où le folklore païen et les obsessions religieuses de l’Amérique profonde se tirent la bourre dans un combat sans merci. C’est revenir aux racines du blues, ce carrefour trouble où Johnson conclut un pacte de sang avec le Grand Cornu lui-même, scellant à jamais le destin de la musique du Diable.

We’re the bad guys, we’re supposed to be lucky on Friday the 13th! ” ironise T.J. ‘King Dude’ Cowgill juste avant de commencer à jouer. Une pluie battante, un train manqué et plusieurs heures retard, la session n’a failli pas avoir lieu. Quand le taxi dépose enfin les trois badasses tatoués et de noir vêtus devant la salle, on se dit que la chance va peut-être enfin tourner. Le soleil se pointe et commence à redonner un peu de vie aux avenues désertes et grisâtre qui entourent Alexanderplatz. Sûrement la lumière de Lucifer, chère au Roi Mec, qui décide de se manifester.

Nous voilà face à une usine à l’abandon, obligés d’escalader un mur pour accéder au lieu. La carte postale berlinoise dans toute sa splendeur mais il faut la mériter. Parait qu’on y fait des fêtes qui durent jusqu’au lever de soleil. L’histoire ne dit pas combien de types morts saouls ont pû se briser les reins dans ces escaliers en ruine. Des kids ont déjà investi le lieu, ca sent la peinture en spray et la mauvaise weed. Les gamins ont vu la caméra, le gros dur de Seattle mais surtout les bières. Ils viennent taper la discussion et allègent notre pack de quelques pilsner, nous posant plein de questions sur “le grand type en noir

La voix rauque, encore embrumée, T.J. est fatigué, il a la gueule de bois. Mais se montre pourtant de bonne composition, une nuit de bière à Stuttgart n’achève pas un gros dur si facilement. Sans filtre au bec, il entonne les premiers couplets de “Jesus In The Courtyard”. La voix d’outre-tombe fait trembler les murs, on se retrouve face à un countryman luciférien qui puise sa voix dans les profondeurs d’une Amérique tourmentée par ses obsessions religieuses.

Deux prises plus tard,  la lumière commence à décliner. On déborde déjà sur l’horaire d’ouverture de la salle mais T.J. tient à nous jouer une dernière chanson. Pas le temps de dîner, “Fuck it. Let’s do this“. Une  complainte déchirante sur un mec au bord du Styx, qui s’éteint de concert avec cette journée. Du gospel, elle n’emprunte que le nom,  “Lord I’m Coming Home”. On ne sait pas trop à quel Seigneur King Dude se réfère. Satan, Dieu, cela importe peu, la ferveur est là.

“Jesus In The Courtyard” et “Lord I’m Coming Home” sont extraites de Burning Daylight, le prochain album de King Dude qui sortira conjointement Dais Records et Ván Records le 16 octobre prochain. On vous le recommande fortement.

Stephan Talneau est un réalisateur installé à Berlin depuis un petit bout de temps. Cela fait trois ans qu’il documente la scène locale sur sa chaine Berliner Moments. Allez y faire un tour, vous découvrirez plein de jolies choses.