La Blogothèque

Françoiz et le garçon

C’est une histoire veille comme le monde et mille fois renouvelée. Dans cette version, le garçon était amoureux de Françoiz Breut…

Le garçon était tombé amoureux de la fille. La fille avait déjà quelqu’un dans sa vie, un garçon au prénom épicène, qui lui composait des chansons magnifiques. Le garçon ne pouvait pas lutter, il n’écrivait pas de chansons, il se contentait de les écouter. Ce n’était pas suffisant.

Et puis la fille avait tant d’admirateurs, on s’était bousculé pour prendre la place du premier garçon au prénom épicène qui avait composé toutes les chansons magnifiques de son premier disque.Françoiz Breut – Françoiz Breut (Lithium / 1997) Il y avait plein de garçons autour d’elle maintenant, plein de garçons qui lui écrivaient des chansons, pas toujours d’amour cependant, ils n’osaient peut-être pas. Le garçon au prénom épicène lui avait composé des chansons d’amours tristes, de fins d’amour.Françoiz Breut – Vingt à Trente Mille Jours (Labels / 2000) Dans livret du disque, il y avait une photo de la fille, un autoportrait en noir et blanc, fait vraisemblablement en tenant l’appareil à bout de bras. On ne voyait pas grand-chose, mais on devinait que la fille était buste nu. Le garçon était de plus en plus amoureux.

La fille dessinait, elle avait fait plein de dessins pour illustrer son troisième album.Françoiz Breut – Une Saison Volée (Tôt Ou Tard / 2005) Le garçon au prénom épicène n’avait presque rien écrit cette fois-ci,  il semblait s’éloigner. Mais il y avait de nouveaux garçons autour d’elle, des américains même, tombés sous le charme depuis leur désert lointain. Et puis les garçons du disque précédent étaient restés. La fille assumait son rôle de muse, sur la pochette elle posait les jambes nues et l’air mutin. Le garçon était aux anges, il avait pu rencontrer la fille. Il avait tu ses sentiments mais était reparti avec un dessin de la fille.

Et puis le garçon s’était fait une raison, lui aussi s’était éloigné. Il avait écouté le quatrième album de la filleFrançoiz Breut – A L’Aveuglette (T-Rec / 2008) d’une oreille distraite, il lui avait fait des infidélités. Il avait eu envie d’aller voir ailleurs si la bluette était plus lumineuse, si la bleuette était plus joyeuse.
La fille est revenue, il y a quelques jours. Le garçon ne l’avait pas oublié, il écoutait souvent les disques de la fille (mais pas le quatrième, celui-là, il ne l’avait presque jamais réécouté à vrai dire, sans raison valable il le reconnaissait volontiers). Il écoutait les disques de la fille comme on relit les lettres de ses amours adolescentes ou qu’on regarde de vieilles photos, avec nostalgie et pincements au cœur, mais avec le sentiment raisonnable que c’est du passé et qu’il faut penser au jour présent. La fille ne l’entendait peut-être pas ainsi : être un ancien amour platonique et inavoué a un côté touchant mais c’est surtout frustrant. La fille ne veut plus n’être qu’un piédestal, elle veut qu’on ose la toucher aussi, qu’on la bouscule. Que tous ces garçons qui regardent le sol quand elle les dévisage, relèvent un peu la tête. Que tous ces garçons qui écrasent les pieds de leurs partenaires se mettent à danser avec grâce et légèreté. Que tous ces garçons qui l’admiraient de loin viennent la reluquer de près, décomplexés. Alors elle prend les devants, elle met du rythme, du sentiment, du sautillant. Sur son cinquième album, elle change un peu la donne, elle balance de l’entêtant (“Werewolf”, “Michka Soka” ou “BXL Bleuette) au milieu d’autres madeleines rassurantes. Elle offre du confort pour tenter l’aventure. Elle est encore très belle et son charme est toujours aussi opérant.

Le garçon se sent penaud. La fille lui tend la main. Le garçon sourit. Et se laisse entraîner.

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Françoiz Breut – La Chirurgie des Sentiments (Caramel Beurre Salé), album déjà disponible.