La Blogothèque
Concerts à emporter

Callers

C’est en pleine traversée de Manhattan, à bord d’une Subaru Outback rouge – et non d’un taxi comme à l’accoutumée – que j’ai entendu un morceau de Callers pour la première fois. Il constituait la bande-son d’un moment particulièrement surréaliste de ma vie, quand une chanteuse que j’aimais craquait sur moi de manière incompréhensible et que la vie a New York était soudainement devenue une possibilité, voire une nécessité. La chanson s’intitulait Heartbeat, la fille au volant allait me briser le cœur et le disque était un des meilleurs sons de l’année 2010.

Ryan et Sara me récupèrent à Bedstuy, direction Prospect Park, à la recherche d’un peu d’animation. Le trafic est infernal et nous en profitons pour chanter Howard 2 Hands dans la voiture. Je n’ai pas entendu la voix de Sara depuis un bon moment, elle est saisissante. La voir se frayer un chemin sur la voie rapide de Brooklyn Queens tout en produisant une mélodie aussi complète et dynamique n’est pas une chose qu’on oublie. Malheureusement pour moi, l’angle est trop mauvais pour que je puisse filmer et nous continuons.

 

Nous nous arrêtons au calme à Navy Yard. À cet instant, je commence à réaliser que les apports du Sud, de l’Arkansas et du Missouri dominent le site de repérage new-yorkais. Nous nous installons dans un refuge sur le littoral et nous mettons au travail.

De retour sur Flatbush Ave, nous connaissons un pic d’activité. Sara me prête cinq dollars pour une pizza, puis négocie avec un restaurateur du Zimbabwe, alors que Ryan prend place au coin de la rue, où nous entamons notre défilé non autorisé dans le voisinage… lui en homme-orchestre de l’ère numérique, elle en trompettiste à la sonorité indéfinissable, pure mais pas simpliste, dynamique et cinétique, en harmonie avec le tapage alentour.

Traduit de l’américain par Manuelle Beurdeley