La Blogothèque

MONO-manie

On avait pu croire qu’avec Hymn For The Immortal Wind et avant un break annoncé, les japonais Mono avaient livré leur chef d’œuvre, l’aboutissement magistral de dix ans de rock noisy et d’envies symphoniques. Il n’est était rien : For My Parents revisite et perfectionne le genre.

For My Parents, c’est cinq fois, ou presque, la Symphonie n°3 de Górecki transposée des camps polonais aux paysages cinématographiques du Japon, ceux qui se prêtent à l’imaginaire et aux scénarios de fabuleuses épopées et de combat chorégraphiés comme des ballets ou des joutes poétiques. Avec la brutalité inouïe d’un trio de guitares électriques, la force d’inertie immense d’un orchestre à cordes et le pointillisme précis et minimal de quelques arpèges. Juxtaposés, mélangés, se confondant sur les mêmes morceaux jusqu’à l’étourdissement des sens : les guitares qui savent reproduire le bruit des vagues ou le pas d’une armée en marche, les percussions qui rythment autant les cadences que le battement des cœurs, et ces cordes d’orages ou de torrents…

Tout part à chaque fois d’un haïku, quelques notes qui se répètent et s’enrichissent et deviennent d’autres haïkus, des dizaines d’haïkus, des centaines d’haïkus, un magma de sons, de notes, de sensations, d’images puis de métaphores. On traverse des forêts, on grimpe à travers les brumes, on escalade et on prend des chemins pentus, on souffre et on bataille contre les éléments, on finit inexorablement par atteindre le sommet de la colline où l’on peut alors contempler l’horizon et ses perspectives nouvelles. On redescend toujours avant de remonter encore, cycles et boucles perpétuelles, allégories des guerres et des rares temps de paix, des violences et des douceurs. Et des éternels recommencements : s’extirper des murs de sons, être assourdissant sans être bruyant, être subtil dans l’intensité et juste dans la démesure, répéter les mêmes gestes sans lasser pour autant. Et faire une musique magnifique et essentielle, cela va sans dire…

Takaakira “Taka” Goto avait déclaré que pour le précédent Hymn To The Immortal Wind, il s’était inspiré de la Neuvième Symphonie de Beethoven. “Mais ça n’a pas marché. Je vais encore essayer, il me faudrait plus de cordes, plus de musiciens, plus d’ampleur et ajouter des chœurs peut-être. Ca viendra…“. C’est venu… et c’est bouleversant.

http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/v=2/track=4058760023/size=venti/bgcol=FFFFFF/linkcol=4285BB/

 

MonoFor My Parents (Temporary Residence / Differ-Ant), album déjà disponible.

Mono sera en concert le 9 décembre à la Maroquinerie à Paris et de nouveau en tournée en France en février 2013.