La Blogothèque
Concerts à emporter

Cold Specks

Avant que nous ne tournions, Al Spx n’était qu’une voix, une voix sans visage. Le ciel était terriblement menaçant, et au nord du McCarren Park, son manager et son groupe m’attendaient sous l’auvent d’un coffeeshop, craignant l’averse à venir. Mais elle, elle n’était pas là. Elle était introuvable.

Lorsqu’enfin elle arriva, elle ne parla que peu, économe en mots, ennemie du badinage. Son mystère encore intact, nous nous mîmes aussitôt au travail, dans l’espoir de prendre la pluie de vitesse. Une famille prenait son pique-nique à côté, la chanson s’est terminée, puis la pluie est tombée.

Nous avons trouvé refuge dans un bâtiment tout proche. Arrivés dans un loft, nous sommes allés nous tapir dans le coin le plus sombre, le plus humide du large espace, là où le son menaçant de Cold Specks serait le mieux, refroidissant et réchauffant la pièce dans un même mouvement, la remplissant avec des vibrations qui nous hantaient et nous réconfortaient à la fois.

J’aurais aimé avoir le temps de capturer l’intégralité de son album, filmer toutes ses chansons. Se retrouver face à la voix de Al est un cadeau incroyable. Même son disque, pourtant sublime, ne peut rivaliser. Si cette femme venait à passer près de chez vous, vous feriez une énorme erreur en la ratant. Ce moment sans préambule, sans filtre, devrait vous encourager, avec une certaine violence, à aller affronter ce spectre serein. Il vous attend.