La Blogothèque

Frànçois and The Atlas Mountains

C’était au mois de mai, un des mois de mai les plus pourris qu’on ait jamais eu à Paris. Je me réjouissais donc de partir à Brighton pour The Great Escape : quitte à ce qu’il fasse moche, autant que ce soit en Angleterre, au bord de la mer plongé dans le tourbillon d’un énorme festival, dans cette ville où chaque pub peut devenir une salle de concert.

Juste le temps d’atterrir, d’avaler un “breakfast burger”, et c’est sous un crachin presque trop typique que nous nous dirigeons vers un petit magasin d’instruments pour rejoindre Frànçois and The Atlas Mountains. Ç’aurait pu être n’importe quel magasin d’instruments – la ville n’en manque pas, mais celui-ci semblait taillé pour eux.

Il s’appelle «Adaptatrap». Ses murs jaunes vifs et sa montagne de djembés, son armoire rouge à jouets musicaux, ses objets des quatre coins du monde, ses jouets fluos, François et sa bande s’en emparent immédiatement, avec une joie simple et une excitation presque enfantine, comme s’ils était essentiel d’essayer tous les instruments du magasin avant de choisir ceux qui conviendront. Bien leur en a pris : quand ils se posent et commencent à répéter «Piscine», l’assemblage éclectique et décomplexé de leurs instruments semble s’intégrer parfaitement à la musique qui va être jouée.

Quelque chose de puissant se dégage alors de cette ambiance un peu irréelle qui envahit le magasin, un sentiment que le groupe peut faire feu de tout bois. Les cinq acolytes sont comme les ambassadeurs d’un monde parallèle, beaucoup plus coloré et doux que le nôtre, où l’on peut grandir sans être sérieux.

A deux pas de là, la gare, l’un des plus beaux bâtiments de la ville. Le crachin est toujours là. On sort le K-way qui rappelle l’école primaire et la housse de guitare qui rappelle… euh, l’école primaire aussi, et c’est parti, une explosion Technicolor envahit les rues de Brighton, guidée par un Frànçois assez insouciant pour faire ce qui lui plaît, assez soucieux pour le faire bien.

Frànçois and The Atlas Mountains n’ont pas voulu se choisir une origine plutôt qu’une autre. Leur identité se nourrit de celles des autres plutôt qu’essayer de s’en distinguer. Chaque chanson est une autre porte ouverte vers un océan de possibilités, une simple invitation au voyage, sans souci des destinations. Comme une gare, quoi.

Posé dans un coin, sur un quai, le groupe semble plus à l’aise que jamais, et le fait que les passants les remarquent à peine participe probablement à ce sentiment d’être hors du temps, en marge du monde réel, un monde où les gens qui prennent le train n’ont pas le temps de s’arrêter.

Sauf que ce monde, on ne peut pas y traîner trop longtemps sans en respecter les règles, ce qu’un officier de sécurité viendra nous rappeler sans attendre la fin du morceau. Dommage pourtant, il portait un joli gilet jaune fluo, il aurait pu rejoindre notre petite troupe insouciante et bigarrée… Le soir même, une anglaise croisée dans la queue d’un concert proclamera haut et fort son amour pour le batteur de « Fwanssoa» à grands coups de «amazing!». Deux jours plus tard, c’est Jamie Lee, la voix de MONEY, qui nous disait être fan de François. On les comprend et on est heureux d’être retombé avec eux, pour un petit moment, quelque part entre l’enfance et l’Atlas.