La Blogothèque
Soirées de poche
#27

Electric Guest

Nous étions tous les six assis autour d’une table à La Maroquinerie où Electric Guest venait de donner un concert. C’était l’anniversaire de Matthew Compton, le batteur. Quelques minutes plus tard, quelqu’un allait débarquer avec un petit gâteau et une bougie plantée dessus que le garçon soufflerait en riant. Asa Taccone, leur chanteur, nous a tout de suite coupé : “La Blogothèque, tu ne sais même pas ce que ça représente pour moi” avant de se lancer dans un monologue dithyrambique sur les Concert à Emporter que lui et son frère Jorma s’échangeaient compulsivement plus jeunes. En quelques secondes, Asa venait de faire basculer la discussion : il savait ce qu’on avait derrière la tête, il comprenait instinctivement ce qu’étaient les Soirées de Poche, et même si Electric Guest en acoustique nous paraissait à tous être un pari risqué – “on s’appelle “Electric” Guest hein les gars” finira-t-il même par dire pendant le concert en rigolant –, il comprenait aussi qu’ici, il était libre de tout essayer, de se planter, de se faire peur. Mieux, il en avait envie.

 

Il faisait dans les cent mille degrés quand le groupe a débarqué son matos cet après-midi de juillet. Asa, Matthew, Tory et Todd se sont installés et ont commencé à réfléchir à comment transformer leur set branché sur 200 volts en un concert moins électrique. Asa a fait de longues vocalises. Matthew a testé l’acoustique de l’appartement sur sa batterie. La setlist a changé une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Aucun stress, aucune tension, une gentillesse rare. Et puis ce fût l’heure.

Après quelques titres de St Augustine, Electric Guest a pris possession de la cuisine, puis du salon. Du haut de son petit mètre soixante, seulement accompagné d’une guitare acoustique, Asa s’est transformé en géant : un charisme hallucinant, une envie de sortir des frontières que leur live leur impose, et surtout, une facilité déconcertante à assumer sa voix, flexible et d’une justesse ahurissante, nue, brute et même sans micro, sur sa demande, sur la première version de “This Head I Hold” que le groupe ait jamais fait.

Asa s’est mis à genoux, il a dansé, et lorsque les premières notes de la version électrique de “This Head I Hold” ont retenti, le public s’est lancé, malgré la chaleur plombante, dans un grand bal de fin d’année, obligeant Asa à attraper son micro-cravate et chanter dans son col de polo. Ensemble, nous avons tous lâché les rennes, fait sauter les plombs d’un concert pourtant acoustique. Même peu branché, Electric Guest est resté un invité électrique, un invité unique.