La Blogothèque

Cumbia party

Le regard d’un néophyte sur une musique qui a rythmé et rythme encore des centaines de millions de quotidiens. Une introduction naïve, incomplète, mais sincèrement admirative. Cet article aurait pu s’appeler “La cumbia pour les nuls (par un pas beaucoup plus savant qu’eux)”.

Ainsi donc, j’écoutais de la cumbia sans le savoir. Comme tout le monde ou presque. ”La Colegiala”, cette chanson qui illustrait une très célèbre publicité pour Nescafé au début des années quatre-vingt (et qui a connu alors un franc succès dans les fêtes de fin d’année des écoles primaires), c’était de la cumbia…

C’était surtout du folklore pour moi. Ça aurait pu être de la rumba, de la milonga ou du merengue, ça n’aurait pas changé grand-chose. C’était inhabituel, dépaysant, entraînant et ça plaisait autant aux adultes qu’à l’enfant que j’étais alors. C’était précurseur des chansons qui seront quelques années plus tard formatées pour être le tube de l’été des chaines de télé, c’était passager et Rodolfo y su Tipica n’ont jamais réédité ce succès inattendu.

Cumbia d’aujourd’hui

La cumbia que j’ai découverte il y a deux ans était tout aussi voyageuse, elle avait quitté sa Colombie originelle les spécialistes parlent de la haute vallée du fleuve Magdalena dans l’est de la Colombie pour se répandre dans toute l’Amérique du sud et centrale. C’est au Mexique que je l’ai entendue pour la première fois. En version électronique, dopée et bondissante. Avec Instituto Mexicano Del Sonido (qu’on connait parfois sous leur nom anglais Mexican Institute Of Sound).

Comme d’autres compatriotes, ils ont réinvesti cette musique des quartiers populaires, ont revendiqué son héritage tout en la remettant au goût du jour.

En Argentine, c’est El Hijo De La Cumbia qui lui a ajouté des samples et des loops, qui l’a habillé de sons électroniques, de rythmes hiphop, reggae ou ragga. La cumbia se joue désormais dans les clubs,  derrière des platines… et elle se permet bien des folies (comme se réapproprier le thème de X-Files sur “La Vida Es Un Tango”)

Toutes proportions gardées, c’est le un peu Gotan Project version Biacum : moderniser en étant infiniment respectueux des aîné : garder les fondations mais refaire toute la déco, intérieure comme extérieure, l’apanage de bien des revivals… et la possibilité offerte, intrigante, d’aller fouiller dans les arbres généalogiques pour découvrir la cumbia “d’avant”…

Cumbia d’hier

Parce que les racines de la cumbia sont tout autant enthousiasmantes que son incarnation actuelle. On évoque un triple métissage : africain, indien et espagnol. Les esclaves africains, dès le XVIIème siècle, qui “perpétuent” en Colombie leurs traditions de chants et danses lors des veillées funèbres. Les amérindiens qui “fournissent” d’autres instruments (flûtes, ocarinas…). Et les espagnols qui “imposent” leur langue et la structure des morceaux en chansons.

Il faut évidemment attendre le vingtième siècle pour en entendre les premiers enregistrements, et avant que la cumbia n’investisse les dancefloors, se réjouir des différentes voies qu’elle a déjà pu emprunter.


C’est la cumbia festive qui attire d’abord, immédiate et efficace, celle de Betopey et sa “Cumbia Del Carnaval” qui aligne des noms de villes et d’autant de cumbia différentes. C’est la cumbia chaleureuse, qui fait danser, qui fait tourner les longues robes colorées. C’est direct…

… mais c’est restrictif. Car de la cumbia à la “variété”, il n’y a qu’un pas, moins dansant, moins “exportable” peut-être, mais tout aussi plaisant. Et quand on fouille dans les greniers du genre, on trouve des trésors. Les ancêtres ou contemporains des crooners latinos, avec les moyens du bord, les rythmes d’antan et une volonté d’écrire de belles chansons sur des rythmiques qui les ont bercés depuis l’enfance : Alberto Pacheco ou Armando Hernandez, et leurs orchestres, et tout leur cœur…

C’est la cumbia authentique, peut-être, mais qui comme presque toute musique, gagne au métissage et à s’ouvrir.

Ainsi, un des plus illustres représentant actuel du genre est l’anglais Will Holland (a.k.a. Quantic) qui a récemment enregistré à Cali, avec son Los Miticos Del Ritmo, un remarquable disque de cumbia, se permettant de faire cohabiter reprises de morceaux traditionnels et réinterprétations de morceaux de Michael Jackson ou de Queen !

J’apprendrais peut-être l’espagnol un jour. La cumbia me dévoilera sûrement alors d’autres perspectives…

 

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Quelques disques de cumbia :