La Blogothèque

A bit mental…

Du punk médiéval fascinant ou un disque braillard d’Ecossais psychopathes, dérangé et dérangeant, le Eagle to Saturn de The Leg est le disque ovni de l’année.

Je suis le label Song, By Toad Records depuis plusieurs années déjà, depuis la découverte de Meursault et d’autres pépites écossaises ou assimilées (The Savings and Loan, Inspector Tapehead, Loch Lomond…). Moins d’enthousiasmes pour certains choix plus radicaux et une réticence certaine après l’écoute du “Bake Yourself Silly”, premier morceau disponible de The Leg. Trop de brouillon (tue le brouillon), trop d’amateurisme supposé. J’étais passé à autre chose, rapidement…

Mais Matthew Young (le boss du label) est homme de conviction, et de persuasion. Et quand il relance d’un “It’s a bit mental, but still a really good pop record“, j’ai tendance à lui faire confiance, à réécouter d’une oreille plus attentive et à creuser la surface des choses pour trouver l’essence pop de The Leg. Vaste entreprise, archéologie pop, dépassement des préjugés, récompense mais doute encore.

The Leg
The Leg

The Leg, c’est un style pas encore répertorié par les exégètes, un folk punk entre Arab Strap et O’Death, un rock indé primitif teinté de sauvagerie qui évoque Violent Femmes ou The Fall copulant avec Gogol Bordello, une musique aux racines médiévales et aux relents préhistoriques. Définitions repoussantes et attirance “malsaine”. Chez The Leg, déjà, quand on chante, c’est dans une acception assez floue du terme : on hurle, on beugle, on murmure, on tente de chanter, mais on n’y arrive pas vraiment. Dan Mutch ne cherchant pas à faire d’effort pour rendre la chose agréable aux oreilles.

Le but n’est pas d’être compris, non plus. La maîtrise de l’anglais, le bilinguisme et une éventuelle spécialisation en écossais, sont accessoires : le chant est crade, l’accent rugueux et il faudrait des années d’immersion pour déchiffrer le propos (test : déchiffrer la première phrase de l’album – et de la vidéo – ci-dessous : “Say goodbye to…”. To what ? Réponse en bas de page“Say goodbye to your old stop”).

The Leg a une propension assez remarquable à déconcerter, Julian Cope les adore et c’est donc louche, et la critique, y compris locale, se déchire entre “fuckin’ brilliant” et “what the fuck is this?”. Le single éponyme tiré du nouvel album Eagle to Saturn contribue à entretenir les doutes : le trio, déguisé en pandas (l’emblème du groupe) ou avec tête d’origami, expédie en deux minutes une folk song inaboutie, mais terriblement entêtante.

L’entêtement, c’est tout le drame de The Leg, et toute la fascination que le groupe inspire. En creusant, mais pas bien profond, sur l’album, on évacue beaucoup de désinvolture et de foutage de gueule pour exhumer des perles : “Jingles Bells in the Summer” et autres “Sad as Dead Monkeys” (quels titres !) laissent poindre grâce et félicité (ou leurs équivalents crottés). Les harmonies vocales et les chœurs sont maitrisés, le son du violoncelle est souvent splendide, les perspectives sont immenses, mais The Leg semble s’en contrefoutre.

The Leg - Eagle to Saturn
The Leg - Eagle to Saturn

J’ai failli me débarrasser bien vite de Eagle to Saturn, j’ai failli répondre à Matthew qu’il fallait qu’il arrête de signer des baltringues sous des prétextes fallacieux et que l’adjectif taré seyait peu aux genres que je voulais défendre… Mais j’ai persévéré, par “fidélité” et par curiosité. Et je ne peux que souscrire à son premier jugement “I still can’t decide if I think this album is an amazing pop record or just plain fucking mental. Like most of the best albums I reckon it’s a bit of both“. Eagle to Saturn devenant jour après jour plus indispensable à mes oreilles, j’ai déjà ma petite idée sur cette fausse opposition… What a fuckin’ album !

 

Eagle to Saturn est disponible chez Song, by Toad Records.