“Teary eyes and bloody lips / Make you look like Stevie Nicks / We never knew that being cruel / Was such a cool thing to do”
Qu’importe le nom ou le line-up. Aujourd’hui Moonface (avec comme backing band les finlandais de Siinai) ; hier Frog Eyes (trois albums), Sunset Rubdown (quatre), Swan Lake (deux), Wolf Parade (trois)… et Fifths of Seven (un seul album, Spry from Bitter Anise Folds, mais un putain de chef d’œuvre instrumental à contre-courant du reste de sa production).
Derrière ces prétextes changeants, c’est toujours Spencer Krug, anti-héros lucide du rock indé canadien (“I’m not the Phoenix Yet” et son détonnant saxo, bientôt futur single de l’année), une gueule cassée et une voix d’emmerdeur (et l’inverse). Un rock qui ne s’embarrasse d’aucune fioriture, fonce, multiplie les embardées, les carambolages et rate les bonnes sorties à chaque fois. Une quinzaine d’albums qui frôlent tous les palmarès mais les manquent de peu à chaque fois. Mais laissent des traces de pneus partout…

Spencer Krug fait du lo-kraut-rock ou du rock progressif avec les moyens du bord, et sans avoir écouté jusqu’au bout les leçons des maîtres, persuadé qu’avec trois accords, on maîtrise la gamme. Que ses morceaux fassent quinze ou deux minutes, qu’il plombe ou salisse les atmosphères, se fourvoie ou côtoie la grâce, Spencer Krug, son incontrôlable voix de Bowie en guise de repère, se fout du confort et des commodités.
Avec le dernier Moonface, il vient de prendre un virage plus “pop” le temps de quelques morceaux. Mais s’est encore mangé la barrière…
Moonface – With Siinai : Heartbreaking Bravery (Jagjaguwar), déjà disponible.
Photo de Spencer Krug par Kelly





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