Le filmer pour être certain que c’est bien vrai. Sur les routes de France, où il mène actuellement sa première tournée, Ewert and the Two Dragons est suivi à chacun de ses pas par la télé publique estonienne. Chez nous, il est un groupe chérissable parmi d’autres sur la scène indé. Au pays, il est un phénomène national. « Nous avons du succès en Estonie, où nous sommes assez connus, et les gens savent que notre musique s’exporte, nous dit Erki Pärnoja, guitariste du groupe. La télé a voulu couvrir cette histoire. C’est très bien : nos amis et notre famille peuvent voir ce que nous faisons. » A son arrivée à Toulouse, où nous avons rencontré le groupe le mois dernier, le groupe a réalisé que l’agglomération comptait autant d’habitants que son pays. Scène ordinaire d’une aventure où les quatre acteurs sont « toujours étonnés de lire les articles qui (les concernent) : on se demande comment il est possible que des gens chez lesquels nous ne sommes jamais allés connaissent les paroles ou comprennent notre musique, comme récemment au Canada, nous dit Ewert Sundja, la voix du groupe. C’est une super sensation, et ça continue de nous étonner ».
L’album Good Man Down a été le grand instant fraîcheur du début d’année. En France, il a été accueilli par une rafale de critiques séduites par la capacité du groupe à rafraîchir un genre perpétuellement menacé par le surplace. Ce qui rend Ewert and the Two Dragons singulier et attirant, par sa musique et son itinéraire, c’est ce perpétuel mouvement de balancier entre un pays, l’Estonie, qui n’était rien jusqu’ici sur la carte de la pop anglo-saxonne, et l’histoire ordinaire d’un groupe qui s’est fondé selon des ressorts très classiques et joue une musique très anglo-saxonne dans ses racines. « On ne devient pas musicien en Estonie différemment d’ailleurs, explique Erki Pärnoja. Nous avons grandi en étant exposés à un environnement – parents, amis… – où la musique était partout. Vient un moment où on veut apprendre l’instrument, où on rencontre des amis qui jouent et où on veut faire pareil. Mon oncle évoluait dans un groupe de rock, il y avait des guitaristes en permanence à la maison. Et quand arrive l’âge où on en a marre de ses jouets, on veut jouer avec les jouets de ses oncles. Moi, c’était les guitares. »
« Toute la musique était disponible chez moi. Bon, avec dix ans retard»
Depuis que Good Man Down s’est imposé comme l’un des disques les plus attachants de l’année, personne n’a réussi à résoudre l’énigme de « l’étiquette » pour qualifier correctement une musique qui est à la fois très radio friendly (Joleene), qui se bonifie avec le temps grâce à la subtilité de sa construction (Good Man Down), convoque le blues (The Rabbit), le slow rock (Falling), les pianos façon d’une pure tradition brit-pop (Road To The Hill), et remue de bons souvenirs piochés chez Noah and the Whale (There’s Only Love), Unbelievable Truth (Burning Bush) voire Hood (You Had me at Hello). Autant de références auxquelles le groupe se présente comme, de facto, non exposé. « Vous me dites que les critiques soulignent que notre musique est fraîche et j’aime entendre ça. Les gens nous comparent par exemple aux Fleet Foxes, mais ce n’est pas la même musique. Ils ont leur son, ils font leur propre truc et nous le nôtre. Je pense que c’est tout simplement parce que dans cette partie de l’Europe, on n’avait jamais entendu de musique en provenance d’Estonie. On a un autre background, une autre histoire, une autre enfance. Si j’écoutais un groupe d’un pays inconnu, je veux croire que ça me ferait le même effet. » La thèse d’une musique bonifiée par la spontanéité et l’enthousiasme est à relativiser. « Il y a un énorme travail derrière tout, on joue énormément, tous les jours, on ne s’arrête quasiment jamais. »
Avant Ewert and the Two Dragons, au rayon Estonie, on connaissait bien Collage, groupe mutin de l’époque soviétique, entre jazz, chansons populaires et pop, en estonien dans le texte. Mais ça n’a toujours rien à voir… « Il y a une grande tradition des chorales en Estonie. Tout le monde a chanté dans les chorales, mais l’anglais a toujours été naturel pour nous, dit Erki. C’est la langue de la musique qu’on écoutait, c’est langue avec laquelle on chante. » « Mais il est exact que l’estonien est une langue très lyrique, corrige Ewert. On peut faire de vraies bonnes mélodies en estonien. Toute la musique était disponible chez moi, même si on y écoutait surtout du classique. Bon, pas les sons les plus récents, ça avait bien dix ans de retard. Nous avons grandi aux premières années de l’ère post-soviétique, avec Queen par exemple, alors que Queen n’était plus très dans le vent depuis un moment. » La part estonienne de la musique d’Ewert and the Two dragons se ressent plus qu’elle ne s’entend. « On a fait un clip, et c’est là que toutes les connexions qui nous rattachent à la nature et aux couleurs de l’Estonie se trouvent. Les paysages d’Estonie collent à notre musique. Ce n’était pas le but, mais le réalisateur l’a compris et a fait un travail incroyable autour de ça. C’était son truc de départ, on n’a rien eu à dire, mais c’était juste parfait. »
« Si tu fais deux concerts rapprochés à Tallin, tu vas plus ou moins te retrouver avec le même public. »
Les quatre membres d’Ewert and the Two Dragons viennent de Pärnu, Johvi et Väike-Maarja. Seul le chanteur-leader est originaire de la capitale Tallin. « On s’y est rencontrés. Si tu veux être musicien, c’est le seul endroit du pays où il y a une vie musicale, avec Tartu, tranche Erki. Si tu fais deux concerts rapprochés à Tallin, tu vas plus ou moins te retrouver avec le même public. Dans notre évolution, le tournant d’ailleurs été la première fois où nous avons joué hors d’Estonie, à Riga en Lettonie. C’était énorme pour nous, personne ne l’avait fait, même si c’est en train de changer. On ne savait pas trop à quoi s’attendre. On a joué dans un petit endroit, avec un public très compact. A notre grande surprise, les gens connaissaient les chansons et nous a renvoyé beaucoup de choses. Ça nous a galvanisés, on a compris qu’il y avait quelque chose à faire. » Un quelque chose actuellement sur les routes, en attendant les contours du troisième album. « Former un groupe et voyager, on ne l’a jamais planifié. On a bien dû en rêver, comme tout débutant. Par chance, c’est devenu notre réalité. » Vue à la télé.
EN TOURNEE EN FRANCE, PROCHAINES DATES
23/05: NANTES / Stereolux
24/05: STRASBOURG / La Laiteri
25/05: LYON / L’Epicerie Moderne
26/05: CLERMONT FERRAND / Festival Europavox





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