La Blogothèque

Zoe Keating

Zoe Keating s’est installée, avec son violoncelle, son ordinateur, ses enceintes, au milieu de l’aéroport international de San Francisco, pour une prestation d’une intensité rare.

Zoe vit dans une cabine au beau milieu de la forêt de Redwood, à des kilomètres au nord de San Francisco. La qualité de silence, la beauté de la nature environnante y sont incroyables; rien d’équivalent dans la ville, malgré ses paysages iconiques. Des monolithes de bois surplombent le moindre mètre carré. Le confort donné par l’espace, la solitude extrême, un studio dans la cabine… être l’artiste classique la plus vendue sur iTunes permet ce genre de luxes.

Sur le chemin vers l’aéroport de San Francisco, où elle jouera, Zoe nous explique qu’elle ne va en ville qu’une ou deux fois pas mois, le plus souvent en début de tournée, pour errer et se baigner dans la moderne camaraderie d’un coffee shop. Son compteur de vitesse est cassé, et nous avons de la route. Elle se lance sur les endroits qu’elle a eu la chance de visiter, ceux où elle a pu jouer, grâce à sa musique. Un festival dédié au violoncelle à Beauvais, l’Opéra House de Sydney, Zurich, le désert mexicain, pour la simulation d’une explosion nucléaire… La liste est longue. Il arrive que de grosses boîtes l’embauchent pour qu’elle joue pendant leurs brainstormings, pour les mettre d’humeur créative, l’inspiration pouvant être capricieuse.  Elle est reconnaissante. Et heureuse.

Arrivés à SFO, nous déballons, puis nous dirigeons vers la terrasse au dessus des portiques de sécurité. La ‘Transportation Security Administration’ a beaucoup beaucoup de questions à nous poser avant que nous puissions tourner. Ils ont apparemment déjà laissé des musiciens jouer ici. Tant qu’ils ont des copies de nos passeports, et que nous promettons de ne pas filmer certaines choses bien précises, ils nous laissent faire.

Alors qu’elle installe son ordi, ses boucles, ses enceintes, une foule se met en place. Elle commence a jouer, ils s’assoient, par terre ou sur leurs bagages. A un moment, son doigt a cédé, plutôt logique avec toutes ces années de jeu intensif. Et c’est avec une angoisse compatissante  que nous l’avons regardée jouer malgré cela.

Les gens passaient, s’arrêtaient, certains incrédules, d’autres ébahis. La plupart faisant une pause alors qu’ils couraient prendre des avions pour Shanghai, New York, le Milwaukee, attrapés par la musique sublime qui résonnait dans les couloirs caverneux.