La Blogothèque
Concerts à emporter

Michael Kiwanuka

En interview, il ne cessait de répéter qu’il n’imaginait pas prendre un jour le devant de la scène. Qu’il n’était là que parce qu’il aimait jouer de la guitare et chanter. A se renseigner sur lui, on ne s’attendait qu’à de la douceur, de la gentillesse, de la modestie. On n’a eu que cela. Michael Kiwanuka a beau être surprotégé, sur-entouré, dans cet hôtel chic et aseptisé des beaux quartiers, il arrive comme un musicien que l’on aurait croisé à la sortie d’une petite salle. Il se laisse porter, sourit, reste d’une courtoisie extrême, curieux et incroyablement patient.

Il joue en première partie d’Adèle, se fait signer sur une major sur la foi de deux (belles) chansons, et c’est comme si rien de fou ne lui était arrivé. Dans la voiture, il vous dit ne pas savoir ce que sa chanson va donner, parce qu’il n’a pas encore chanté de la matinée, et qu’il ne l’a jamais faite en solo, puis il vous éblouit avec trois accords et sa voix brisée et néanmoins subtile. Cela pourrait agacer, non. Il est juste d’une sincérité désarmante.

On ne troublera personne, on ne choquera pas une grand-mère. On n’est pas là pour faire les punks. Plus pour raconter des histoires, rester à la lisière de la soul, rythme de félin, voix caressante, mélancolie douce. Au café L’Olive, c’est l’heure du demi au comptoir. Il y a là les grandes gueules, les ouvriers crevés, les poivrots de fin de matinée, et une lignée de kros sur le zinc. Michael Kiwanuka demande donc un thé, et ce qu’il fera de plus osé sera d’oublier qu’il y a du monde autour de lui. Il poussera la voix un peu fort quelque fois. Puis prendra son thé.