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To The Ground : le nouveau Mount Eerie en écoute

Absent du devant de la scène indie depuis près de trois ans, Mount Eerie est de retour avec To The Ground, un 45 tours aussi réjouissant qu’inattendu sur le label Atelier Ciseaux. Nous vous le proposons en écoute aujourd’hui.

On avait laissé Mount Eerie à ses sommets de fureur, citant Burzum dans le texte depuis son ermitage norvégien. Wind’s Poem, quête d’absolu marquée du sceau froid de l’isolement, nous avait laissé une impression de point d’orgue. Depuis, trois ans ont passé et Phil Elverum, en héros trop discret, a presque réussi à se faire oublier. Une compilation de vieux morceaux et un recueil d’expérimentations fragiles et puis plus rien. Peut être que tout avait été dit, peut être que le silence était la seule suite possible à ces poèmes du vent.

2012, Mount Eerie abandonne le mutisme pour réapparaitre là où on attendait le moins, histoire de nous surprendre, de nous prouver qu’il en a encore dans le ventre. D’abord en compagnie des vétérans droneux de Earth le temps d’une tournée. Et aujourd’hui, un 45 tours sur le label français Atelier Ciseaux, à qui l’on doit déjà un paquet de jolies sorties. Quand Rémi Laffitte, le boss du label, nous a fait écouter To The Ground, on en a profité pour discuter avec lui de ce projet aussi beau qu’inespéré. Deux faces qui annoncent  un retour aux racines lo-fi qui abreuvèrent jadis les bricolages barrés des Microphones. Un renouement avec les pop songs assemblées au duct-tape, dont nous sommes très fiers de vous proposer l’écoute en avant-première. To The Ground sortira le 10 avril, à 300 exemplaires seulement. Vous pouvez le précommander ici, sur le site du label Atelier Ciseaux.

Salut Rémi, j’ai lu que tu fonctionnais principalement aux coups de cœurs, au culot un peu aussi… Peux tu nous parler de la genèse de cette sortie?

R.L. : On pourrait s’imaginer une rencontre au sommet d’une montagne ou au cœur d’une forêt perdue mais en réalité l’histoire est beaucoup plus simple. Mount Eerie fait partie de ces groupes que j’écoute depuis un moment et avec qui j’ai toujours imaginé/ espéré sortir un disque. En novembre, je lui ai envoyé un long mail pour présenter le label et lui parler de cette envie de faire un 45 tours. Pour être honnête, je n’y croyais pas plus que ça mais je ne voulais pas avoir de regrets. C’est d’ailleurs quelque chose que je lui ai dit “J’imagine que tu dois être très occupé mais je ne pouvais pas faire autrement, il fallait que je t’écrive pour te parler de cette idée”. Et puis j’ai cliqué sur “envoyer le message”. La suite lui appartenait.
Trois semaines plus tard, il nous a répondu pour nous dire qu’il était intéressé et qu’il allait nous envoyer des morceaux dès que possible. Il a tenu parole, tout est allé très vite.
Ce n’est sans doute pas la rencontre la plus originale qui soit mais je la trouve vraiment touchante parce qu’il a pris le temps de s’intéresser à ce qu’on fait sans vraiment nous connaitre.

La plupart des disques de Mount Eerie sortent généralement sur son propre label, P.W. Elverum and Sun. Qu’est ce qui l’a poussé à se tourner vers Atelier Ciseaux pour cette sortie?

R.L. : Lui seul pourrait te répondre ! C’est drôle que tu poses cette question parce que c’est quelque chose que je comptais lui demander à son retour de tournée. J’imagine que ce n’est pas toujours évident de faire de la musique et de la sortir. La dynamique est sans doute différente quand tu travailles avec un autre label. Ce 45 tours sort uniquement sur Atelier Ciseaux et crois moi on est très très impatients !

Qu’est ce qui te touche dans la musique de Mount Eerie et chez le personnage?

R.L. : Sa musique a des yeux, elle observe, voyage pour nous. Elle nous raconte ces routes qu’on imaginait. Parfois sombres, parfois lumineuses. Parfois les deux. Et puis il a cette “fascination” pour les montagnes. J’ai grandi aux pieds d’une chaine de montagnes. Adolescent, je rêvais de la ville, de partir. Je les assimilais à l’ennui. J’ai mis un peu de temps avant de les apprécier. Aujourd’hui elles me manquent lorsque je passe trop de temps loin d’elles. Je ne connais le personnage qu’au travers de ses disques, interviews et des échanges que nous avons eus. J’apprécie son envie d’explorer, ce refus de stagner. J’espère en tout cas qu’on aura bientôt l’occasion de se croiser sur l’une de ces routes.

“Sa musique a des yeux, elle observe, voyage pour nous. Elle nous raconte ces routes qu’on imaginait. Parfois sombres, parfois lumineuses. Parfois les deux.”

Pour ma part, je ressens comme un retour aux expérimentations lo-fi du temps de Microphones, après le jusqu’au-boutiste Wind’s Poem. Est-ce que le fait de choisir de travailler avec un label émergent est lié à ce nouveau-départ?

R.L. : Le premier morceau que Phil nous a envoyé était instrumental. Je pense qu’il voulait profiter de ce projet pour explorer à nouveau. On en a discuté et on s’est dit que ce serait intéressant de faire un disque avec deux ambiances très différentes.
La face A,  To The Ground, reflète son approche quasi “pop” alors que la face B, Mouth Of The Sky,  est très ambiante avec des voix un peu étranges.  Je ne parlerais pas de dualité entre ces morceaux mais plutôt de complémentarité.
Est-ce que tu as eu l’occasion d’écouter House Shape, le premier single tiré de son prochain album ? C’est très éthéré, “dronesque” et très beau. Je pense qu’il va encore nous surprendre. Je suis certain que l’album va être magnifique.

Il y toujours un grand soin dans les artworks d’Atelier Ciseaux, peux tu nous parler un peu de celui de To The Ground ?  Je sais que Phil Elverum est très sensible à la création visuelle, est-ce qu’il a eu son mot à dire dans la conception de la pochette ?

R.L. : Il nous a demandé de réaliser lui-même la pochette. Mount Eerie fait partie de ces artistes pour qui l’artwork est un élément important et complémentaire. En plus d’écrire et composer de la musique, il fait également de la peinture et de la photographie. J’imagine que c’est pour lui un moyen de s’exprimer à travers un autre médium tout en donnant du “relief” à sa musique.

Quels sont les prochains projets Pour Atelier Ciseaux? Après presque 4 ans d’existence, peux-tu nous faire un petit bilan?

R.L. : On fêtera nos 4 ans dans quelques mois seulement ! D’ici là on va en profiter pour sortir l’album de Tops, Tender Opposites, en vinyle (la version cassette étant épuisée), une jam live de Prince Rama et  Sun Araw, un nouveau split…
C’est difficile de résumer ces années en quelques lignes. On a simplement envie de continuer à sortir des disques avec cette même excitation, ce même stress. Nos disques se retrouvent dans de nouveaux pays, dans de nouvelles mains, les retours sont plutôt chouettes et on arrive même à vendre de plus en plus en France, ce qui n’était pas gagné au début.  Ce n’est pas toujours évident de cumuler le label avec nos emplois et vies, de gérer un budget super réduit mais pour rien au monde on arrêtera.

Quelles sont les sorties dont vous êtes le plus fiers ?

R.L. : Impossible de faire un choix. On aime tous ces disques de la même manière même si celui de François Virot, Yes or No, aura toujours une place particulière. C’était le premier, le début de l’histoire.

J’ai appris que tu quittais Montréal bientôt, est ce que ton retour en France te donne envie de collaborer avec plus d’artistes “locaux”?
R.L. : Je ne pense pas que mon retour aura un quelconque impact sur nos futures sorties. On a jamais eu pour vocation de représenter une scène, un endroit. On continuera de sortir ce qui nous plait en oubliant nos cours de géographie.

English? Read the full translation here.

Crédit Photos : Phil Elverum – Artwork de To The Ground pour Atelier Ciseaux