Ce disque porte en lui beaucoup trop de fantômes, beaucoup trop de personnes que je ne suis pas devenues. Beaucoup trop d’amis perdus. Je devais avoir 18 ou 19 ans quand j’ai acheté le vinyle, sous le nom de Sebadoh à l’époque, copié sur cassette dès la première écoute. Depuis que Michel un jour dans la rue m’avait dit tu sais il paraît que Lou Barlow a fait des disques entiers dans le genre du dernier morceau de You’re Living All Over Me, je guettais les rayons de la Fnac et de Phonodisc. Je collectionnais, dans la limite de mes moyens.
C’est sans aucun doute celui-là que j’ai le plus écouté ces années-là, tout genre confondu. Pour m’endormir ; pour faire du vélo ; pour lire ; pour écrire ; pour calmer la folie rampante ; pour prendre le bus entre le centre ville et la maison en banlieue ; pour rêver de celles, mauvaises ou naïves, dont j’étais vainement amoureux ; pour marcher la nuit ; pour imaginer les prochaines chansons que je n’allais pas écrire. There’s a lie you’ve been living through. You think you’re all alone, but it’s not quite true.
http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/v=2/track=1249138500/size=venti/bgcol=FFFFFF/linkcol=4285BB/
Les mélodies que ce type était capable de chanter comme si de rien n’était, à gratter sur les trois ou quatre cordes de sa guitare pourrie, n’ont rien perdu de leur sensibilité. Ni les textes de leur déchirante intelligence. Et cette façon d’attaquer un morceau, de marquer le rythme par à-coups. Comme j’aimerais le découvrir aujourd’hui, me noyer dans ses détails et me laisser hypnotiser par les collages qui ponctuent les chansons comme de petits vortex qui emmènent toujours un peu plus profond. À chaque one two three four enfoui dans le souffle de l’enregistrement maison, je frissonne. Et lorsque le titre final démarre — cette première version dépouillée de Brand New Love, je me tasse un peu sur mon siège, je fume le souvenir d’une Craven A sans filtre et je laisse les larmes monter doucement.





Commenter