La Blogothèque

#1 – Vacation

Nouvelle série sur la Blogo : “Bandcamp Fire”, ou comment découvrir des artistes, des albums, des chansons au hasard de pérégrinations sur Bandcamp. Une voix nasillarde et une guitare folk pour ossature. De l’électricité au loin. Un violon. Vacation fait de belles chansons tristes qui, malgré l’économie de moyens, vous emportent avec elles sans que vous puissiez faire grand-chose.

Tout a commencé avec Headed for the Ditch, une compilation de reprises de Neil Young tombée de nulle part. C’est sans doute la présence d’Emily Reo, dont je suis secrètement amoureux, qui m’y a amené. Parmi les versions qui marquent, un “Barstool Blues” déchirant. Une voix aiguë qui tremble, une guitare acoustique pas complètement assurée accompagnées de brumes électriques qui s’élèvent et s’épaississent. Quelques coups de percussions métalliques réguliers, de plus en plus forts jusqu’à ce que le tout s’arrête un peu en désordre. Le groupe s’appelle Vacation et son chanteur compositeur Wayne Memmer est à l’origine de la compilation. Il a enregistré récemment une nouvelle version de la reprise avec quelques cœurs de Rachel Asher, plus belle encore.

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En découvrant les EP et quelques titres isolés que Vacation a la générosité de nous offrir en téléchargement gratuit, j’ai senti un lien très fort, presque immédiat, avec leur musique. Une addiction, en fait. Qui a commencé dès les premières secondes de « Kingdom Comme », le premier titre de Locust Lane. Après un temps où une guitare s’amuse à faire le signal de l’électrocardiogramme sur un grésillement embrumé, des arpèges folk très simple marquent le temps de ce qui pourrait être une berceuse. Mais une berceuse un peu amère, chantée par cette voix, si particulière, comme au bord des larmes. Une berceuse qui serait chantée sur un lit d’hôpital, par ou pour un dépressif. Every train that you drive ends up in a wreck, every plane that you fly ends up in a crash. You’re the only one who dies, you’re the only one who dies.

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Il y a beaucoup de tristesse dans la plupart des chansons de Vacation. Mais il y a aussi une grande liberté et une absence de complexes évidente. Des bricolages sans prétention, quelques boîtes à rythme exsangues, un peu de violon. Et toujours l’emprise d’un léger psychédélisme sur les structures traditionnelles du jeu de guitare sèche. Non pas une défonce hagarde, mais les percées d’un ciel plutôt gris, menaçant, sans doute formé par des drogues pas très glamour, de celles qui aident à dormir sans rêver et à se réveiller vivant chaque matin.

Surtout, l’équilibre est parfaitement tenu entre le travail d’arrangement, plus complexe qu’il n’y paraît à la première écoute, et la spontanéité des compositions, qui restent brutes et touchantes. Émouvantes, même. Je frissonne à chaque écoute de « Memory Box », ses accords répétitifs de piano qui ne sont pas sans rappeler ce que l’on fait de cet instrument dans les samples de rap, et Wayne qui semble terrorisé par le contact imminent d’une personne qui s’approche. The way you look at me, I can’t control myself. On ne sait pas pourquoi il chavire. Tétanisé par un proche trop possessif ; sur le point de s’abandonner au désir de l’autre jusqu’à s’évanouir ; asphyxié par un amour qu’il ne sait pas donner ; prêt à basculer dans la folie. On ne sait pas, mais on tangue avec lui.

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En janvier, Vacation a mis en ligne Transmissions, un EP de six reprises, outre Neil Young retravaillé, on y trouve Guided by Voices, Joana Newsom, The Cure, Lana Del Rey (si, si). Toutes très réussies. On y entend aussi une version dépouillée de « We Dance » de Pavement dont je ne suis pas près de me remettre.

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Il paraît qu’ils préparent un album. Je prie pour qu’ils aient les moyens d’en faire un pressage vinyle.