La Blogothèque

Anna Calvi

Voici un oiseau. Un rouge-gorge qui rentre la tête dans ses plumes lorsqu’on l’approche, qui chante plus fort que son corps ne le laisse suggérer une fois mis en confiance. Voilà une fille qui ne parle pas, que son entourage protège comme si une question pouvait la blesser, l’empêcher. Qui est ensuite prête à reprendre sa chanson six fois de suite, sans renâcler, sans flancher, assurant ses envolées sans effort. Et regardant loin, sans ciller.

Nous avions eu accès à ce parking désert, dans la Maison de la Radio. Il y avait trois ouvriers à l’étage du dessus. Un pompier qu’on nous avait dépêché. Il fallait qu’Anna Calvi puisse se brancher, nous voulions un son fantomatique, un écho, de l’espace à remplir. Elle l’a fait, par nappes. La rythmique tout en cymbales caressées, l’harmonium aux notes allongées, traînantes, sont juste là pour tapisser le vide. Laisser éclore.

Elle chante une chanson sans véritable structure. Une chanson qui n’est qu’au service de l’envolée. Elle ne regarde pas la caméra. Elle n’est pas là pour nous, pour qui que ce soit. Elle est là pour s’étendre, pousser les murs. Cela aurait pu être maniéré, mais elle est tellement dedans, juste au service de cette chanson, que tout soupçon est effacé. Il y a de la sincérité dans sa réserve, une espèce de conviction, d’assurance troublante.