La Blogothèque

Pop Montréal, quatre mois plus tard.

Montréal et moi c’est une histoire d’amour vieille de 7 ans. Les licornes, les loups, le roi Khan, la poutine, Menace Ruine… Beaucoup de choses qui me mettent d’accord avec Didier Barbelivien. Prétexte déguisé pour aller boire de la Boréale avec les potes, j’étais à Montréal pour le Pop. La ponctualité étant l’une de mes qualités principales, ce n’est qu’avec quatre mois de retard que je vous raconte le festival.

Du centre ville et son lot de de strip-clubs jusque dans le coeur du Mile End, le Pop impressionne déjà par son omniprésence. Des bannières  partout, des milliers posters agrafés et la presse locale qui s’aligne. Pop, comme l’effervescence : cinq jours de festival, une cinquantaine de concerts chaque soir, la plupart  entre 20h et 2h du matin. Plutôt concentré. L’ensemble ressemble plus à un showcase géant qu’un festival, oscillant entre superstars indie (Stephen Malkmus, Girls et, oh surprise, Arcade Fire) et groupes locaux. On se prépare mentalement à courir, on fait nos paris. Coups de poker sur un coup de coeur, un semblant de réputation, des billets sur des blogs obscurs.

Gomina et paillettes dans le cœur

Notre festival commence un peu en avance. Hors programme mais peu importe, Bloodshot Bill et Mark Sultan transforment l’Escogriffe en juke-joint suintant et gominé avec les Ding Dongs. On  boit des shots pour faire comme si le temps s’était arrêté en 57, on songe à un remake d’American Graffiti en plus badass. Pas la meilleure idée pour démarrer un festival, au vu de la course qui nous attend.

C’est donc en petite forme que nous nous rendons le lendemain à la rencontre du triumvirat bruitiste Liturgy, Cave et PC Worship. La soirée s’annonçait bonne mais voilà, Liturgy déçoit. La faute aux poivrots qui criaient plus fort que le chanteur et du son atroce… On invoquera beaucoup de raisons pour justifier ce fiasco et tenter de minimiser notre déception. Cave sauve la mise de justesse avec un concert impeccable, tout en douceur. Une longue dérive psychédélique hors des sentiers froids de l’indie avec un zeste de paillettes, de Kraut. Avec en prime, un sosie de Zack Galifianakis en leggings lamé en guise de frontman. Parfait.

 

Jeudi, “Planet Of The Tapes”

La Casa Del Popolo, haut lieu de la scène indie montréalaise, prend des allures de convention d’Altered Zones (R.I.P.). Beaucoup de groupes inconnus au bataillon avec en commun un goût prononcé pour la musique “floue”. Les rejetons d’Ariel Pink semblent s’être donnés rendez-vous pour vendre leurs cassettes  limitées à 12 exemplaires. Entre les My Bloody Valentine de poche (Silver Dapple) et les punks en chien de Babysitter, c’est Chevalier Avant Garde qui tire son épingle du jeu, en transformant sur scène le concept de bedroom project en machine à danser. Des images de ma cousine devant la glace, magnétophone Fisher Price en main me viennent en tête quand je vois le chanteur s’agiter. Alex ‘Dirty Beaches’ Zang est dans la salle, il approuve en dodelinant de la tête. Nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui.

Il aura fallu faire 10 000 kilomètres pour enfin voir The Spits sur scène, bien trop rares en Europe. La soirée commençait pourtant sous de mauvaises auspices, la faute à une salle bien trop propre et les whiskys à 7 dollars. Neil Hamburger ouvre le bal à grands renforts de blagues cradingues sur des célébrités mortes ou presque (comprendre Britney Spears et Steven Tyler). Beaucoup de malaises et de silences gênés, les francophones se mettent à insulter le comédien qui s’en délecte et leur rend bien. Treize gins et cent quarante-sept raclements de gorges plus tard, le comédien aux cheveux gras laisse la place aux Crachats. Trente minutes montre en main et tout autant de chansons, en robe de bure s’il vous plaît. Je hurle à pleins poumons “I Don’t Wanna Live In A Van” en pensant très fort que j’aimerais justement vivre dans le camion des Spits, n’en déplaise à mon foie et à l’ensemble de mes organe vitaux. Les jets de bouteilles, les punks et les pieds qui volent au ralenti sont l’alignement parfait des planètes que je n’attendais plus dans ce festival. J’en chiale presque tellement c’est beau.

Bourrés, en sueur et toujours sonnés on finit de s’achever devant le bulldozer Fucked Up qui met à sac le sous-sol d’une église du Mile-end. Le son est insupportable, j’ai très envie de voir Pink Eyes étriper et dévorer vivant l’ingé-son. Ça ne serait qu’une modeste réparation pour le préjudice subi. On rentre sourds, mais pas aveugles, ce qui nous épargne in extremis de finir avec la serveuse du Rapido qui teste sur nous la séduction à base de poutine. La vie sauvage et ses dangers.

Vendredi violence

Nées des cendres de Ghost Bees, que j’affectionnais déjà beaucoup, les torontoises de Tasseomancy démarrent avec une veillée funèbre qui a de la classe. On se croirait assis dans une bicoque grinçante, à écouter des vieilles gitanes nous conter des histoires de revenants et de maléfices. Machines à fumée ou pas, il y avait de la brume dans le Patro Vys. Pas très loin d’ici, Spencer Krug (Sunset Rubdown, Wolf Parade) teste son nouveau projet solo, Moonface, dans le studio Breakglass. Ça avait l’air bien, dommage pour nous.

Peu importe, nous nous dirigeons sans le savoir vers ce qui seront les deux meilleurs concerts du festival, hands down. Les rappeurs taiwannais de Kou Chou Ching chauffent gentiment un Cub Lambi ras la gueule. Imaginez le mélange entre une salle des fêtes, un bar à danseuses qui sent la sueur et le vomi froid, et vous avez une image plutôt flatteuse du lieu. On est loin de deviner l’apocalypse aura lieu ici et un an avant la date convenue avec les Mayas. B L A C K I E ( all caps, with spaces, mo’fo) se jette dans la foule, tel un pitbull dans un jeu de quilles. La scène ne sert que de support aux quatre enceintes tournées face au public, qui crachent les décibels nécessaires pour appuyer les insanités du texan. Comme pour se débarrasser des oripeaux putassiers brandés Odd Future, B L A C K I E chante en caleçon, cherche le contact, les coups et la sueur. Un martyr du Grime qui sacrifie son corps pour la rédemption d’un hip-hop corrompu. True Spirit And Not Giving A Fuck. C’est le titre de son dernier album (qu’il vous refile gratos par ici de rien c’est cadeau), le set du monsieur ne dément pas.

Il fait chaud, les slams sont lancés dans la salle, à point nommé pour l’arrivée du rouleau compresseur Death Grips. Non contents d’avoir sorti l’un des meilleurs albums l’année dernière, le groupe se révèle être une formidable machine de guerre scénique. Zach Hill frappe sur son kit comme un dératé, et le MC hurle, possédé, des tatouages sataniques gravés sur le torses. Difficile de rester impassible, j’ai comme des relents du Hellfest et des envie de mosher. Le club tremble de partout, ça me rappelle les tribunes d’Ajaccio, les corses bruyants en moins.

Samedi, Garage sale.

Retour à la Casa de Popolo, ou The Bishop Morocco semblent persuadés que personne dans le public n’a jamais entendu Joy Division. D’habitude, je saluerais le courage, mais là on s’emmerde. Et honnêtement, on était surtout venus voir Trust, une des dernières signatures de Sacred Bones. Le trio peine à masquer son manque d’expérience scénique derrière une overdose de stroboscopes. J’ai mal au crâne, et la brillante idée de soigner tout ça à la bière et au garage commence à faire son chemin.

Teenanger démarre les hostilités pendant que l’équipe de PopNews et Microcultures nous filent une raclée au babyfoot. Nous mettrons cette défaite sur le compte de la fatigue et de la sobriété, exigeant un match retour l’année prochaine à la même place. Place à Cheveu, qui retournent le Divan en bons déménageurs girondins. Nous prouvant une fois de plus la supériorité de l’écurie Born Bad versus le reste du monde. Charlie Sheen prend tout son sens chanté avec l’accent québecois, on se sent un peu à domicile.

On termine la soirée et le festival avec la reformation des cultes Sexareenos. Dix ans que le groupe ne s’était pas produit, les rockabs et les garageux des quatre coins de la province se sont donnés la cave de l’église pour point de ralliement. Pas de boogie woogie avant la messe? Va chier, Eddie. Roy, le chanteur, ressemble à un vieux délinquant qu’il ne faut pas emmerder et Mark Sultan défonce sa batterie en s’égosillant. Le concert se termine sur une reprise vrillée de White Light/White Heat. On rentre chez nous, vidés, béats, en se promettant qu’on reviendra. Et qu’on donnera une deuxième chance à la serveuse du Rapido.