La Blogothèque

2011, promenade dans un jardin musical

J’aime pas les tops. Je n’ai jamais aimé les tops. A la base, je ne suis pas la fille ordonnée alors vous comprendrez que classer des disques virtuellement, ça relève de la mission quasi-impossible. En plus qui dit top dit hiérarchie, un premier et un dernier, un supérieur et un inférieur. Un ordonnancement de l’univers musical contraire à la nature et à la beauté.

C’est un peu comme pour les jardins,  il y a le jardin à la française, bien rangé, taillé, aligné, où rien ne dépasse et puis le jardin à l’anglaise avec ses fleurs folles, ses plates bandes multicolores et ses sentiers sinueux. La beauté est dans la courbe, dans la surprise au détour d’un sentier sinueux, dans la tâche de couleur ou de musique qui vient surprendre les sens au moment où l’on ne s’y attend pas.

Donc, en lieu et place d’un top 2011, vous allez avoir une promenade dans un jardin anglais musical composé de petites touches sonores et de digressions mélodiques.

Ça commence avec une lumière jaune d’or descendant d’un vitrail sous un chapiteau de cirque ancien dans le parc du Thabor, à Rennes. Sous cette lumière poudroient mille petites particules de poussière dansant dans les airs, et sur scène Bertrand Belin chante les maisons que l’on déserte, les amis qui partent, les mains que l’on aimerait serrer dans la sienne, sur la plage. Et devant cette offrande musicale toute de pudeur et de retenue, je souris.

Ça continue le même soir avec un silence religieux dans une chapelle, la chapelle du Conservatoire, pour le concert de Josh T. Pearson. Le public assis à même le sol, Pearson seul en scène et cette voix qui implore le salut, cette voix qui prie et qui atteint l’enfer, Women when I’ve raised hell…

Plus tard, bien plus tard, c’est la sensation du mistral qui soulève le sable de la plage de l’Almanarre et gifle les mollets, assèche les lèvres et épuise les corps. On est fin juillet, la villa Noailles  surplombe Hyères et la baie de Giens, je m’apprête à voir pour la première fois de ma vie Primal Scream. Mais plutôt que la folie d’un maigre anglais quadragénaire au regard mort dans un hippodrome à demi désert, ce qui va me marquer, c’est la hargne d’un petit rouquin de 17 ans, un ex Zoo Kid désormais devenu King. Avec une voix à faire vibrer les caves de Saint Germain des Prés, un petit air de défi bravache et une musique qui flirte avec les classiques du rock et du jazz, King Krule vient de faire son entrée dans la cour des grands.

Puis il y eut des plaisirs d’album aussi.

Celui de Dirty Beaches, Badlands mêlant la sensualité d’un Elvis à la folie d’un Alan Vega, album de l’exil et de l’hommage à un père ancien musicien de bebop. Ou alors,  cet album de Baxter Dury que j’ai longtemps refusé d’écouter et qui un soir de décembre m’est tombé dessus un peu par hasard et ne m’a plus lâchée.  Ou encore The Oscillation, Nisennenmondai, Phantom Band et tant d’autres écoutés, aimés et un peu oubliés aussi disons-le.

De jolis moments me reviennent en mémoire. Je revois l’arrière salle du Sambre, à boire des bières en mangeant d’improbables saucissons à la myrtille et  en essayant de deviner de qui était l’excellent titre que j’entendais et c’était Soviet Soviet.
Je revois aussi la silhouette à l’élégance folle de Thurston Moore dans la grande halle de la Villette, nous étions en juin, nous ne savions pas encore que Kim et lui allaient se séparer.

En 2011, j’ai râlé.

Contre James Blake assis avec sa voix à vocoder, délivrant une performance totalement inintéressante, Lana del Rey et sa musique préfabriquée, les enthousiasmes sur commande de certains blogs ou magazines, les copies de copies de copies de Suédoises folk à la guitare, cette andouille de Faris Badwan qui gâche son talent à tous les vents… Oui, oui, je trouve en général beaucoup de bonnes raisons de râler.
Alors voilà, cette année 2011, elle n’était sans doute pas exceptionnelle, sans doute pas mauvaise non-plus. Pour tout vous dire, elle était très certainement semblable à 2010 et à ce que sera 2012, mais dans mon coeur, j’ai gardé ce saisissement de l’âme devant Low à la route du rock, aux  toutes premières notes du concert. Et mon coeur s’est déchiré. « I would be your king but you wanna be free. Confusion and art, I’m nothing but heart ».

 

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