La Blogothèque

2011, vertiges de l’amour

L’océan, la fureur du vent, la moiteur de sa peau et nos baisers liquides : eau de vie dans l’eau froide. S’endormir dans ses bras comme on sombrerait en narcolepsie… Au loin, l’alcool coule à flots, libère les corps et fracasse quelques neurones. Tendre est la nuit et Biarritz est une fête. L’un des plus beaux jours de ma vie ce fut une nuit disait Bardot, je pourrais assez reprendre ses mots à mon compte. Instantanés du Printemps 2011.

Rentrer à Paris et laisser filer les mois, voyager souvent, se poiler beaucoup, se paumer un peu, s’étourdir parfois, et perdre pied à quelques rares occasions et puis revenir chatouiller l’écume en hiver. Tenter de rembobiner les bandes et dérouler l’année écoulée. Trouver un fil d’Ariane dans mon désordre. Requiem for a dream, Odyssée 2011 : sens dessus, dessous cette formule pourrait résumer les disques et les morceaux qui m’ont faite et parfois défaite, ceux qui ont hanté mes nuits et forgé mes aubes… Des souvenirs, des sensations ou plutôt des variations sur un même thème, l’amour, ce shoot d’adrénaline insensé et magnifique qui raccroche mes wagons dans les périodes les plus troubles et les plus délicates…

 Psychic IllsHazed Dream

Larguer les amarres et aller à la croisée des chemins du Velvet Underground, des Warlocks et des Spacemen 3 pour composer ce rêve sonore moite, narcotique et pénétrant… Déjouer les attentes : ralentir le tempo, déconstruire la mélopée et mettre un peu de lumière. Se vautrer dans cette rythmique diabolique et alanguie (drivée par la belle et talentueuse bassiste Elizabeth Hart, ex Pocahaunted et Effi Briest), se noyer dans cet incroyable entrelacs de guitares ensorcelantes tissé par Tres Warren, être happée par la voix étrange et hypnotique de ce dernier, qui murmure des mots inhabituels et sensuels, disparaître corps et âme derrière ce mur du son nébuleux, être sous l’emprise maléfique de bongos, d’un orgue Hammond voire d’un solo d’harmonica et se consumer sous la réverb’.

Hazed Dream ou la bande-son parfaite des errances du désormais trio de Brooklyn, loin de ses obsessions passées, avide de soleil et d’expériences inédites. Un album magnifique qui donne foutrement envie de s’engouffrer dans une Ford Mustang décapotée, histoire de dériver sous le soleil le long de California Route One, cheveux au vent et Ray-ban sur la truffe en sifflant des mecs torse poil en jean bleu pétrole de Monterey à Morobay avant de s’oublier dans les vagues du Pacifique et de reprendre la route direction le désert, ses cactus, ses bestioles inimaginables, ses fantômes, son mystère et ses nuits torrides à la belle étoile…

Walking down the road, I didn’t know who I’d see/Saw your face right beside me

 

Chelsea WolfeApokalypsis

S’arrêter sur une pochette énigmatique et un brin flippante, sur laquelle une jeune femme aux longs cheveux bruns apparaît sans yeux… Cultiver le mystère et tromper son monde… Cachée derrière un voile de dentelle noire, Chelsea Wolfe ressemble à l’une des créatures chères à Helmut Newton. Eprise de littérature russe, de photographie (Nan Goldin) de  mode pointue (Margiela ou Comme des Garçons) et de cinéma (de Lynch à Bergman), elle évoque, du reste, ses compositions comme des petits films singuliers, y consacrant même un titre magnifique “Movie Screens”. Une élégante allumée des bois comme j’aime mais surtout une voix exaltée, charnelle et désabusée entre Polly Jean et Beth Gibbons, une guitare, une grâce indéfinissable, de l’audace et une ambition affichées…

Apokalypsis est son deuxième album entre fin du monde et carnet intime bien qu’elle répète à longueur d’interviews qu’elle n’écrit pas de chanson d’amour. Ce pourrait être la bande son d’un film noir, très noir, voire horrifique. Imaginer une funambule confrontée au vide, qui raconterait mille histoires morbides et érotiques ou la mise en musique d’un conte d’Edgar Allan Poe, dans un calme éthéré ou au creux d’une furia électrique… Se noyer dans cette  “Mer” et ses bongos magnifiques, affronter les “Demons” et défier “Moses” ou demeurer subjuguée par “Pale on Pale” symphonie hallucinante et hallucinée de sept minutes où elle va réveiller le sabbat noir avec une volupté magnifique et inespérée…

Et puis être véritablement obnubilée depuis des mois par une somptueuse ballade “Tracks (Tall Bodies)”.

It’s a machine we’re up against/Devoid of reason, devoid of sense

Une guitare délicate chassée par des percussions tribales. Une basse vénéneuse poursuivie par quelques notes sibyllines de piano et puis cet orgue fantomatique… Suivre une bouteille que le vent balaie et oser vivre intensément ces dernières heures : être enfin cette femme fatale qui le ferait bander littéralement à mort. La dernière minute, splendide, est un fantasme indescriptible. Le rythme lascif devient lent à en devenir douloureux : observer les visages extatiques déformés par l’amour malgré le spectre de la Grande Faucheuse. Histoire d’amour et de petite mort. La fin du monde n’a jamais parue aussi belle…

We could be two straight lines in a crooked world…

 

Cass Mc Combs – Wit’s End

I was too drunk to make sense but I felt her essence” (sur “The Lonely Doll”)

Une voix d’homme sublime et les frissons qui vous prennent à la hussarde. Cass McCombs ou l’art de deviner en si peu de lignes, en si peu d’effets, ce que les filles ont envie d’entendre et de composer, des morceaux bouleversants, des comptines crève-cœur troublantes : la beauté, la sensualité et la tristesse confondues. Il se met à genoux devant les souvenirs de femmes ardemment aimées, cogne ces mêmes souvenirs  et évoque les regrets, les petites lâchetés et les angoisses qui rôdent : chroniques amères teintées d’ironie.  Et le portrait en creux qu’il dresse de sa pomme est sans complaisance aucune… un miracle.

Les arrangements luxuriants et cette instrumentation cinq étoiles : les fûts que l’on caresse, les parties de gratte imprévisibles qui vous font bégayer de joie, l’orgue, le piano voire le xylophone qui s’étranglent et cette voix majestueuse qui flotte, aussi foudroyante que Gram Parsons, Elliott Smith voire Léonard Cohen. Wit’s End ou la confirmation après “Catacombs” d’un amour sans fin pour ce Ladies’ Man d’un autre âge, un disque flingue-mascara et déglingue palpitant…

You never even tried to love me what did I have to do to make you want me? / I feel so blind I can’t make out the passing road signs / All that you would have me do is cross that county line

 

Dirty BeachesBadlands

Plus jeune, Alex Zhang Hungtai coursait les filles sur les plages d’Honolulu avant de s’établir à Montréal où il vendit un temps des cassettes vidéo, l’occasion d’assouvir son amour pour le septième art.  Lorsqu’il évoque Badlands, son premier véritable premier album après une kyrielle de cassettes et EP, il parle d’un homme à la poursuite d’un rêve un peu fou, qui abandonnerait tout derrière lui avec le désir secret de croiser le diable et quelques créatures superbes.

Imaginer la bande son de ce film fatalement cramé et exalté, peut-être un ersatz de Lynch (époque Wild At Heart) parce que “The world is really wild at heart, weird on top” mais on irait plus loin encore… Se souvenir alors d’Eszter Balint, l’inoubliable Eva du Stranger Than Paradise de Jim Jarmush. Elle rencontrerait un mec un peu louche qui tenterait crânement sa chance en lui faisant un gringue d’enfer “ohh come with me”. Embarquement pour une brûlante et chaotique virée nocturne.

Au milieu de nulle part, devant les yeux subjugués de son amant, Eva écouterait Badlands à plein volume sur son magnétophone. Un cocktail extraordinaire aussi ténébreux que barré : une dose de rockabilly foutraque et aguicheur (Elvis Pelvis), de la surf music tendance disto hurlante nimbée de caresses électro-synthétiques (“Suicide My Love”) noyées dans la brume et la réverb’. Ivre de cette voix, Eva danserait en fumant sa cigarette, exhibant sa troublante jeunesse et son charme fou sur toute la longueur de la Floride. Avoir dix-sept ans (ou même trente-huit, soyons désinvoltes) et carburer au désir à toute vitesse, tous effluves sexuels dehors. Vouloir enfin retrouver la candeur et la sensualité des Sixties et vraiment disjoncter sur ce piano qui virevolterait et glisserait sur les mots de Françoise Hardy millésime 1967 (“Voilà”). Dieu seul sait, je crois, en réalité….

Je regarde les autres / Pourtant je ne leur trouve rien / C’est comme ça / Voilà, je vais avec les autres / Le temps passe plus mal que bien / C’est comme ça

 

The Field –  Looping State Of Mind

Un disque chatoyant, rutilant, bien gaulé… Un disque bien carrossé et très sûr de ses effets et à priori, sans lendemain. Et pourtant, sur ces sept titres frôlant chacun les dix minutes, être obsédée jusqu’à la moelle par une boite à rythmes triturée dans tous les sens, une batterie, une basse irréelle, des guitares à miauler de beauté, une cascade de samples, des loops vertigineux, des hit-hats et des nappes démoniaques, qui se télescopent entre eux, transe littérale et organique, véritable kaléidoscope formant le boxon coloré et fascinant d’un fou, Axel Willner. Ce dernier, sorcier des studios et magicien de beats, ferait sonner, une dernière fois, les boucles et les samples sur les décombres d’un monde pas encore mort. Se muer en pétroleuse prête à toutes les expériences. Se lever avec le soleil et faire l’amour à ciel ouvert. Frissons glacés et looping (s) inoubliable(s)… Supplice suédois.

 

Tropic Of CancerThe Sparrow Of Two Blooms

Un livre sulfureux, incandescent et poétique d’Henry Miller, un cataclysme où se mêlent angoisse, folie, passion, ivresse et euphorie, Tropic Of Cancer ou l’apologie de la vie, de l’hédonisme et de la démesure. Une pochette splendide et mystérieuse, un tableau lascif presque, une femme aux lèvres fardées, habillée d’un voile de dentelle noire, se regarde. Un miroir vintage = équation sensuelle qui appelle l’inconnu ou presque. En effet derrière cet intriguant projet, on retrouve un couple de musiciens et d’esthètes californiens : un producteur techno estimé, John Mendez, et sa compagne, la divine Camella Lobo, qui emportent la mise en trois titres dévastateurs.

Succomber à ces vocalises charnelles envoûtantes et inquiétantes à la fois, être fascinée par ces claviers évanescents aux effluves Joy Division, ces percussions répétitives et cette boite à rythmes maigrelette et puissante (sur laquelle plâne l’ombre velours d’une Mo Tucker revenue de sa Tea Party). Manquer de défaillir sous ces merveilleuses lignes de basse qui n’auraient pas dépareillé sur la cathédrale cold wave des Cure Seventeen Seconds. La rythmique est tendue, oppressante et irrésistible à l’instar des guitares d’une moiteur électrique… Grand huit ténébreux peuplé de fantômes chers à Suicide voire un fantasme gothique de Broadcast, The Sparrow Of Two Blooms est un EP d’un érotisme sombre à la vénéneuse beauté… Emprunter des chemins de traverse, sortir de la nuit après et gouter à l’ivresse des première fois…

Suddenly there’s nothing left / Except the sins and words you have forsaken

 

Wye OakCivilian

Une soirée d’automne un peu floue, quelques verres dans un bar anglais en belle compagnie, quelques larmes aussi, un retour à l’hôtel en pleine nuit et puis ce disque inégal mais vraiment brillant par moments, qui vogue entre dream pop chiadée (Yo La Tengo) et folk crépusculaire avec une grande révérence au Tonight’s The Night du Loner et fulgurances noisy (Sonic Youth). Une pochette intrigante : une fille qui se jette à l’eau mais dont ne distingue que les mains crispées, agrippées à ses jambes comme une bouée, un ultime geste de survie. Ambiance… Et surtout cette voix fragile et sublime, celle Jenn Wasner, le pôle féminin et pôle d’attraction tout court de ce duo de Baltimore (avec Mr Tambourine Man, Andy Stack) dont c’est le deuxième véritable album (après un EP l’an passé). Une fragilité proche de celle de Liz Frazer des Cocteau Twins, un vibrato particulier, presqu’au bord de la rupture, une sensualité planquée mais éclatante, et ce morceau, le plus beau du disque et ces mots désabusés certes, mais magnifiques et un jeu de guitare au diapason … “This Note’s for you” aurait dit Neil 😉

I am nothing without a man / I still keep my baby teeth / In the bedside table / With my jewelry / You still sleep in the bed with me / My jewelry / And my baby teeth

 

RöyksoppShores of Easy

Opter pour l’exil mais naviguer à vue, laisser le vent décider… Quatorze minutes de vertige électro instrumental histoire de ne penser à rien, ou plutôt si à lui. Clavier hypnotique, basse omnisciente, rêve éveillé corps aimantés et lèvres, rougies… de désir. Mise en bouche divine en attendant la suite du feu d’artifice annoncée dans quelques mois, par les duellistes norvégiens. Album et tournée dans la foulée trois ans après le somptueux Junior… et nouvelle direction musicale, histoire de brouiller les pistes, encore une fois…


Marissa NadlerMarissa Nadler

Retour de flamme pour la belle de Boston qui sorti son plus beau disque (le cinquième d’une carrière entamée en 2004) et le premier sur son propre label (Box Of Cedars Records). Intégralement autofinancé, c’est un splendide écrin de pop folk psychédélique avec quelques envolés country des plus réussies. Un disque d’une beauté crépusculaire affolante. Et que dire de cette voix de sirène diaphane et désarmante ? Elle n’est qu’élégance racée, délicatesse et volupté dans la façon de caresser et d’embrasser les mots. Ces derniers surfent désormais sur une gamme nouvelle plus intime, plus sombre, plus attirante encore : des histoires d’amour brûlantes avortées ou en fin de vie et leur cortège de regrets, d’amertume  et de violence (…).

Musicalement, c’est un maelstrom de morceaux diablement ciselées : cordes évanescentes, guitares acoustiques et électriques, (pédale steel mon amour), xylophones et autres nappes synthétiques hypnotiques. Les mélopées sont aussi belles et ensorcelantes que certaines pépites des revenants de l’année, Mazzy Star. On songe en effet très souvent à Hope Sandoval : même détachement troublant et même sensualité, on l’imaginerait presque sans peine susurrer “I took you home, and I crashed you” (sur “In Lear, Bear”). Pire, certains titres ont le même charme que les joliesses entêtantes de Joan Baez et la lilith Stevie Nicks (“Puppet Master”, merveilleux cri d’amour désespéré).

Lately all I want is you / Puppet master see me through

Impossible de détacher une chanson plus qu’une autre tant l’ensemble est harmonieux… Mais s’il n’en restait qu’une, je me damnerais pour “Baby, I Will Leave You In The Morning”. Se souvenir de ses mots qui tracent et incitent aux débauches les plus insensées malgré la trahison, et vouloir faire machine arrière…

I am getting higher by the moment / I was wrong to leave you / I was wrong

Baby, you’ll need to forgive me/ Been a sinner all my life, you see…

 

Wild FlagWild Flag

Vraie-fausse suite au splendide The Woods, chant du cygne des Sleater-Kinney (en hiatus depuis 2006, autrement dit une intolérable éternité) dont on retrouve ici l’une des guitaristes, Carrie Brownstein (qui a depuis embrassé avec bonheur une carrière d’actrice dans l’inénarrable Portlandia) et la batteuse Janet Weiss. Parce que moins abrasif, moins expérimental, et surtout moins sombre et plus pop que le trio mythique d’Olympia, Wild Flag n’en demeure pas moins l’un des disques et l’un des groupes les plus excitants de cette fin d’année qui se conjugue au féminin pluriel.

Au programme des réjouissances, outre le pied fou et palpable qu’ont pris les protagonistes à mettre en boîte les morceaux, dissonances, distorsions, merveilleuses guitares siamoises en transe (celles de Carrie Brownstein et Mary Timony, ex-Helium, gang cher à quantité de filles nées dans les Seventies), fuzz qui décalotte, rythmique infernale, subtile et virtuose (il faut élever une statue à la gloire de Janet Weiss, laquelle démontre une maestria impressionnante dans la destruction ou la caresse de ses fûts), percées organiques voire psychédéliques (orchestrées de main de maître par Rebecca Cole) et montagnes russes mélodiques à écouter à volume 574 ou à peu près.

L’urgence et l’énergie insouciante des Bikini Kills voire des Slits et la délicatesse power pop des Cars concassées en dix morceaux et quarante minutes d’extase et de high energy.  Aucun temps mort, nul morceau fatigué ou putassier : un disque désarmant de classe carburant à l’envie et rien d’autre (“Future Crime”, “Short Version”, “Racehorce” et “Glam Tambourine” en tête). Pire, les versions live incendiaires de standards tels que “Beast Of Burden” (des Stones) ou “Ask The Angels” (de Patti Smith) qu’on souhaite ardemment dans les prochaines éditions deluxe de l’album, carbonisent presque les originaux, c’est dire le potentiel du combo. Les paroles ne feront pas date, mais les hommes un peu mous et  lâches en prennent pour leur grade : Carrie et ses acolytes restent sans concession, rrriot girls jusqu’au bout des ongles et des riffs, en Converse ou en talons de dix. “Pretty, pretty, pretty girls” aurait sans doute lâché Mike Jagger. (Réponse live le 4 février à la Flèche d’Or)

The kick, the bite, the scream / If you’re gonna keep me up all night / Then you better learn to love this fire

 

Baxter DuryHappy Soup

La fièvre des débuts, les têtes et les corps fracassés par le désir, les étreintes sauvages et puis la passion qui s’érode avant le clap de fin… Elles se prénomment Isabel, Claire et Katie, sans oublier toutes les autres…  Muses et amazones passées dans quelques lits, ce sont des filles bouleversantes et délurées juchées sur des kitten-heels, des sosies de  Audrey H. dans Breakfast At Tiffany’s ou Jane B. dans Blow-Up. Amours défuntes, histoires de peaux et autant de morsures malgré les chœurs féminins sensuels qui font talalalalalala et le parfum Summer Of Love qui irriguent l’album, ce carnet intime de dix épisodes. C’est dans ce délicat jeu de balançoire que Baxter Dury s’amuse – avec une mordante ironie –  avec Madeleine Hardt, escort-girl de choix, et renoue  avec une époque où les mots avaient leur importance…

Happy Soup” ou la sucrerie baroque qui donne ses lettres de noblesse au disque. Mélancolie et nostalgie, réverb, guitares et chœurs sexissimes, tambourin, orgue et vieux vinyl rayé qui évoquent le sexe, le sacré, le pêché : la suave trinité. La messe est dite, enfin pas complètement… Big bang. Garder en tête cette nuit magnifique et déjà enfuie, peut-être magnifique car déjà enfuie, vouloir s’en foutre mais rejouer ad nauseam ce feu d’artifice gigantesque avant un réveil brutal et une monumentale gueule de bois…

Who am I ? Who am I ?

 

HelluvahAs We Move Silently

Pour reprendre la formule d’un plumitif anglais, ce n’est pas le disque le plus déconnant ou le plus joyeux de l’année, mais c’est sans doute l’un des plus beaux. Il y a cette mélancolie entêtante et ce goût pour les mélopées tordues et singulières : des guitares délicates ou tranchantes escortées par  une caravane musicale de l’étrange, un xylophone, une batterie, une boîte à rythmes, des cordes, un piano voire un ukulélé. Et puis, il y a ces mots bouleversants : ceux de Camille W., une jeune femme française de vingt-sept printemps, qui après un premier album paru en 2008  (Emotion Pills), une reprise jubilatoire des Ramones histoire de dynamiter l’esprit de Noël l’an passé et quelques scènes européennes et françaises écumées entre temps, affiche désormais crânement l’influence de quelques égéries de la folk électrique (la Cat Power de Myra Lee ou la Shannon Wright de Over The Sun pour ne pas les citer).

Derrière ces histoires qui sont les siennes, mais pas seulement, Helluvah trimballe son humour acide, sa lucidité, sa nonchalance, mutine et irrésistible, et évoque à mots voilés, ses amours, ses plaisirs, ses regrets, et sa détresse face aux situations parfois ubuesques de ce monde, et ce, sans apparat putassier… Qu’il soit question de se brûler les ailes à Santa Fe, d’histoires d’amour qui s’achèvent dans le fracas de verres brisés ou d’adultes mal dans leur peau, au bord du chaos… As we move silently, disque intimiste, troublant, plein de fougue et d’énergie brute. Une belle somme de contrastes…

Did you watch me fall with my secrets untold ?

 

 

 

Ils m’auront aussi fait miauler de plaisir et émue jusqu’à la moelle en 2011 :

Wooden Shjips – West

Ou comment perdre le nord avec West et ce “Flight” monumental et psychédélique en diable au mantra implacable “I feel so aliiive“. Mr Mojo Risin’ aurait adoré cet orgue Moog et je crois que je veux me marier avec cette basse et ces giclées de fuzz aussi.

GirlsFather, Sons And Holy Ghost

Pour ces arrangements, ces guitares, cet orgue, et ces choeurs gospels, bon sang de bois, pour ces compositions bouleversantes plus complexes et plus chiadées, pour ces clins d’œil, au Floyd, à Bowie et à Jason Pierce des Spiritualized, pour Christopher Owens son passé -sur lequel on ne reviendra pas-, son présent surtout, sa gueule d’ange, ses chemises, ses morceaux désossées, les coutures visibles, ces fleurs en décembre à la Maroquinerie et cette voix magnifique, touchantissime et éperdue.

The Night Beats The Night Beats

Pour ce gig trop court mais vraiment dingue et fabuleux cet été à San Fransisco et cet album de garage sulfureux et psychédélique (il faut aussi les entendre reprendre le Velvet, c’est beau). La France se languit, venez ici, grands fous.

Hanni El KhatibWill The Guns Comes Out

Une gueule d’ange exotique, à la Marlon Brandon, un amour du teesh moulant blanc et de la gomina, du sex-appeal au kilomètre et surtout plus de feeling que les désormais tiédasses Black Keys.. Hanni, youuu, rascal youu, un homme indispensable au réchauffement de ma planète.

John MausWe Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves

Pour la beauté et la folie du geste. Et cet invraisemblable Cop Killer entre autres…

Michel CloupNotre Silence

Un disque magnifique que je n’écoute que la nuit, un disque qu’on ne peut pas écouter en voiture sauf à risquer un carambolage émotionnel à l’instar du At The Cut de Vic Chesnutt il y a deux ans…

Tom Waits – Bad As Me

Pour ce “Tell Me” qui ne figure que sur l’édition DeLuxe de Bad As Me, shame on you, Tom.

PJ HarveyLet England Shake

D’ordinaire, ses mots étaient un peu de rouge ardent sur les lèvres de femmes qui la suivent depuis Rid Of Me, là elle est m’a bluffée en décochant des balles magnifiques et mortelles sur la Perfide Albion (même si ses gigs sont désormais sans folie et sans le sex appeal et la fougue d’antan qui me manquent cruellement).

Atlas SoundParralax

The dark side of Bradley Cox et sa trilogie infernale “Terra Incognita”, “Te Amo” et “Mona Lisa” ad vitam eternam ou presque. Et un mec qui rend hommage à Trish Keenan et au For Your Pleasure de Roxy Music, je l’aime sans réserve.

WidowspeakWidowspeak

Pour avoir commis la plus belle reprise du “Wicked Game” de Chris Isaak.

BlouseBlouse

Parce qu’I wanna fade into you “Into Black”.

Still CornersCreatures Of The Hour

Pour la voix de Tessa et leur “Demons” aussi maléfique et sensuel qu’un French Kiss nocturne à Londres.

 

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