La Blogothèque

Judah Warsky et les antidouleurs

Il aurait presque pu arriver il y a trois jours ce morceau. Cela aurait été parfait. On se souvient très bien de ce matin là, il ressemble à tous les matins portant la même date, tous les ans. La lumière y est toujours basse, les horizons brumeux, les envies et les muscles engourdis, le réveil tardif, la tête douloureuse.

On aurait pu se trouver dans cet état. Trop de mélanges. Du coton rêche entre nous et le monde. Un corps de vieux, précautionneux dans ses mouvements. Et cet étrange bien-être vaporeux – tant qu’on ne nous force pas à prendre conscience qu’on est une entité physique, que l’on va choquer, percuter quoi que ce soit.

On aurait cette voix mal assurée, bizarrement aigüe. On aurait l’impression de chanter comme Robert Wyatt. On ressasserait, et on laisserait les nappes prendre de l’ampleur, le brouillard devenir plus dense et confortable, jusqu’à nous étourdir totalement. Plus qu’une ivresse, donc. Un coma symbolique et volontaire.

“Painkillers and Alcohol” est le premier extrait de l’album du même nom, de Judah Warsky. Je pensais ne pas le connaître, ce Judah, alors que je ne l’aurai juste jamais imaginé se présenter comme cela. Il a collaboré avec les Chicros, Turzi. Puis il s’est cassé un ongle, n’a pu jouer que du synthé, a lancé un nouveau projet (il l’explique très bien sur Green Cat Babies).

Ce morceau, c’est une version branlante du “Holes” de Mercury Rev, Casiotone for the Painfully Alone qui aurait quitté son dogme lo-fi. Une chanson étourdissante, profonde, qui réussit à prendre à contrepied sans perdre sa force. Elle donne envie d’en entendre plus, comme si elle ouvrait des possibles. On pourrait se défoncer jusqu’à début mars (le 5, pour être précis, chez Pan European Recordings), pour attendre.

Photo by f2b1610