La Blogothèque

2011, les notes graves de Michel

Deux disques au-dessus des autres cette année. Deux disques supposés minimalistes et plutôt lents, mais aux mille richesses et aux dynamismes saisissants. Notre Silence de Michel Cloup et Felt de Nils Frahm. Après le pianiste allemand, l’ex-Diabologum/EXPérience revenu des épreuves…

Avec Nous (En) Sommes Encore Là, le dernier album d’EXPerience, j’avais abdiqué. J’avais reconnu et admis l’évidence d’un grand disque de rock que je n’allais, paradoxalement, que peu écouter. C’était un disque de combats, d’intentions remarquables et courageuses, mais que je trouvais vaines et inconscientes. Et de luttes que j’estimais perdues d’avance : révoltes d’indignés avant l’heure, résistances étouffées par des années de sarkozysme écoeurant… Le disque me faisait mal car il pointait des renoncements universels autant que mes faiblesses, mes manques et mes frustrations.

Trois ans plus tard, c’est Notre Silence et une nouvelle hiérarchie des priorités : “Recycler cette colère / Car aujourd’hui plus qu’hier / Cette colère reste / Mon meilleur carburant”, le rock social de Michel Cloup s’est recentré sur l’intime et exorcise des épreuves personnelles, le deuil en tête. Des manques, des faiblesses, des frustrations à nouveau, mais exposées, partagées, dites et écrites avec des mots simples, un style presque banal, mais terriblement précis (“Je vide des boites / Et les remplis à nouveau”). Ce disque est bouleversant, mais peut-être est-ce parce que je veux qu’il le soit. Parce que chaque chanson de Michel Cloup, chaque phrase qu’il prononce, chaque épreuve ou situation qu’il évoque résonne en moi plus que dans celles de n’importe quel autre artiste, appelle des commentaires, un dialogue ou une remise en question. “Je ne dis rien / Je me laisse faire / Tu ne dis rien / Je te laisse faire”. Il faut écouter, réécouter, absorber, digérer, faire la part des choses, prendre pour soi et prendre de la distance… Convenir qu’en un peu plus de quinze ans de relation à la musique de Michel Cloup (depuis les deux premiers albums de Diabologum, essentiels et précurseurs insoupçonnables du chef d’oeuvre #3), j’ai peut-être une dette, un legs involontaire à assurer. J’envie le style qui confine désormais à l’épure, j’envie les atmosphères créées en quelques lignes, j’admire ce qui est écrit et tous les non-dits.

Je voulais que Notre Silence soit bouleversant. Il l’est, intrinsèquement. Parce que, aussi et surtout pour beaucoup, il est le plus bel écho à des émois de jeunesse pointus : Slint évidemment et The For Carnation (la suite des pérégrinations lumineuses de Brian MacMahan), Codeine et d’autres laissés pour compte des années grunge (la pesanteur subreptice de Tad, les tourments d’Unrest…). Le tout avec une guitare et une batterie (celle de Patrice Cartier, complice d’EXPerience) seulement : respect et inclination.

Notre Silence est un disque que j’aurais aimé entendre plus tôt, il y a quelques années. C’est le disque que j’aimerais que mes enfants découvrent à vingt ans, quand ils auront l’âge (ou presque) auquel j’ai entendu #3 pour la première fois, qu’ils aient le choc de l’intime et de l’émotion.

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