La Blogothèque
Soirées de poche
#26

Melingo

C’est une astuce facile, presque une tradition désormais : nous aimons, au milieu d’une Soirée de Poche, demander au public de bouger, se lever, histoire de voir si en brisant un brin le confort, nous pourrons mener la soirée vers un ailleurs, un imprévu.

Nous avons été servis. Car ce que nous n’avions pas imaginé c’est qu’aussitôt les spectateurs debout, Daniel Melingo s’est jeté sur eux, s’est ménagé un espace à coup de pas de danse, les a fait reculer, les a repoussés derrière la cloison et s’est construit une deuxième scène, un espace assez large pour sa danse avec les caméras.

L’Argentin, ce filou, nous avait dit qu’il marcherait ‘un peu’. Tu parles : laissant ses musiciens coincés sur leurs tabourets, il a occupé chaque centimètre carré qui lui était offert, glissant, tournant, déclamant, levant les bras et roulant des yeux, embrassant les masques accrochés au mur et surjouant sa danse avec l’objectif.

Ce n’était pas le tango que l’on imaginait, ce n’était pas le tango lustré des salons. C’était celui de la rue, gouailleur, rieur, impoli, qui s’invitait dans un appartement gigantesque et trop petit pour lui. Ce soir là, Melingo nous a pris d’assaut. Nous avons suivi, ébaubis, étourdis, ivres et ravis.