La Blogothèque

Wild Beasts

Avec Wild Beast, il nous fallait nous rattraper : il y a deux ans de cela, Colin et moi avions tourné un Concert à Emporter en vitesse. Pas d’ingé son (autrement dit : moi aux manettes), une heure à peine, et surtout le pire quartier de la terre, cette partie du seizième arrondissement tapie derrière la Maison de la Radio où se terrent les vieux les plus réacs, les plus paranos, grincheux : à la moindre note de musique, ils déboulent, vous hurlent dessus, ça ne se fait pas voyons, on n’est pas chez les manouches ici.

Bref, nous avions mis le Concert à emporter au placard, sans perdre l’envie de publier un jour quelque chose avec ce groupe anglais atypique, aux voix incroyables, qui en jouent tant et si bien qu’ils peuvent se permettre de frôler la surenchère glam sans jamais avoir les doigts qui collent.

Le Pitchfork Music Festival était donc l’occasion rêvée de rattraper la chose. Rêvée, mais loin d’être idéale : en festival, les groupes sont toujours moins disponibles que d’habitude, et on a vu mieux que le quartier de la Villette pour tourner (oui, on devient difficiles). Ils ne sont que deux cette fois-ci, les deux voix voltigeuses, avec une guitare pour seul accompagnement. Dans les rues des quartiers cachés du XIXe, c’est une déambulation sans esbrouffe aucune. On savait leur nouveau disque plus tempéré, mûr, on en a eu ce jour là la preuve. Ces voix qui sans effort, sans brusquer qui que ce soit, voltigent ensemble, s’entremêlent, comme deux oiseaux s’enivrant avant la tombée de la nuit. Sans effort, sans poids, comme si rien autour n’existait.