La Blogothèque
Concerts à emporter

Kurt Vile

C’est une petite rue pavée, fleurie, cachée à l’arrière du XXe arrondissement. Une rue tranquille, où rien ne se passe, où peu de gens passent, où les maisons sont cachées derrière d’épais rosiers, tout juste y devine-t-on d’élégantes quinquagénaires prenant le thé derrière leur fenêtre. Le calme de cette rue est d’autant plus appréciable qu’il est inattendu, un îlot soudain, perdu dans le tumulte d’un quartier populaire, plus que vivant.

Kurt Vile, sa bande et la nôtre, nous venons de ce tumulte. Sommes arrivés dans cette rue si paisible, où tout paraît incongru, qu’il s’agisse d’un col blanc ou de quatre chevelus. Avant, nous avions croisé cent passants intrigués, une horde d’enfants surexcités, quelques ados blasés, traversé des places surencombrées, arpenté des avenues surpeuplées, et nous voilà seuls, seuls avec lui.

Il est là, avec son attaché case, sa cravate, sa chemise bien mise. Ce n’est pas une heure, ce n’est pas un endroit pour ces artefacts. Nous sommes aussi surpris de le voir posé là, que lui d’entendre quatre gratteux murmurer une balade. Et c’est comme s’il grignotait un surplus de douceur, comme s’il prenait une respiration avant de devoir repartir dans les rues, les bureaux, les circulations qui l’attendent. Il voit la caméra, se retourne, mais attend avant de bouger, il reste juste un peu. Kurt chante ‘Baby’s Arms’, comme s’il prolongeait en musique un moment précieux, volé, comme si ce morceau s’inscrivait dans la parenthèse enchantée d’un VRP. L’homme part, on imagine qu’il s’éloigne en écoutant les guitares, de plus en plus faibles, fondu sur son retour à la grise vie.